ET L'HORREUR ÉDUCATIVE
?
Même dégraissé,
mais ce n’est pas encore fait, un mammouth reste un monstre, et d’une époque
révolue.
Celle d’une république balbutiante, rurale, administrative,
colonisatrice, industrielle.
Et donc militaire : des deux côtés du Rhin,
les jeunes conscrits,
dès que «socialisé», c’est-à-dire
rendus conformes et aptes à l’uniforme,
se sont fait massacrer par millions.
L’horreur militaire.
Dans une république assoupie, dénaturée
et détournée par son «élite», déboussolée
par les corruptions, tentée par le racisme, et toujours (néo-)
colonisatrice par tradition ou par mondialisation, des rapaces, pas plus
«modernes» que le mammouth, aimeraient bien saisir dans leurs
griffes les morceaux les plus intéressants du monstre.
L’horreur économique.
Dans tous les pays, qu’elle soit toujours aux mains
d’un état centralisateur, ou plus ou moins abandonnée au
marché, l’école pose des problèmes graves.
Dans le premier cas, elle coûte de plus en plus
cher à un état contraint à des économies, sans
donner satisfaction tant en termes d’éducation que de formation.
Dans le deuxième, rentabilité rapide oblige, une partie de
la population enfantine et adolescente dont les parents tentent de survivre
sans ressources suffisantes, se retrouve quasiment à la rue, c’est-à-dire
à la merci de toutes les exploitations.
L’horreur militaire : des millions d’orphelins.
L’horreur économique : des millions d’esclaves,
dont des enfants, et qui meurent beaucoup.
Après le bilan du nazisme et du communisme, en
passant par celui de toutes les religions, il faudra un jour faire celui
du libéralisme.
Repentances en perspective : ce sont nos frères,
du même père, nous dit cette religion tellement prégnante
dans nos contrées qu’elle nous «donne» son calendrier
(Noël, l’an 2000...).
Et l’horreur éducative ? Elle en est la
conséquence, et de nouveau la cause, dans une boucle hermétique.
Elle persiste, se développe, tant l’espèce humaine traîne
à passer de l’élevage, du dressage et de l’endoctrinement
à l’éducation.
De la magie et d’une religiosité primitives autour
des mythes fondateurs à une philosophie de la vie éclairant
les démarches scientifiques.
Persistent l’horreur éducative comme l’économique,
tant la démocratie traîne à se passer de slogans et
de mythes pour devenir enfin réalité.
Dans le cadre d’une réactivation de l’instruction
civique, vient de se dérouler une «semaine citoyenne».
Pourquoi seulement une semaine ? Et combien de temps encore persistera-t-on
à faire précéder le mot «citoyens» d’un
bestial «aux armes!» braillé sur les stades et dans
des rassemblements pas toujours républicains ?
Pourquoi des textes paraphés en grande pompe,
comme la Déclaration des Droits de l’enfant de novembre 1989
sont-ils incompatibles avec la vie scolaire encore enfermée dans
des névroses et scléroses d’un autre âge ?
«Aux armes !» ne peut-il être
remplacé que par «à vos places», «à
genoux», «à vos marques» ou «à
vos caddies » ?
Etourdie par les nouvelles technologies qu’elle
a inventées, et plus encore par le brouhaha qui les entoure et qu’elles
produisent et amplifient, l’espèce humaine a le vertige, celui qui
fait parfois reculer d’un pas, et peut lui être fatal.
Espèce vivante parmi d’autres, faite des mêmes
éléments, de même origine,
elle n’a qu’une raison d’être : se survivre par
ses enfants en évoluant vers une plus grande connaissance
/ conscience.
Des millions d’années pour sortir des cavernes,
des siècles pour sortir des casernes; et ce serait pour se laisser
enchaîner, en une décennie, adultes et enfants, de l’école
au bureau, en passant par le supermarché, la route et la maison,
à des écrans, surveillés par d’autres reliés
à des puces et caméras disséminées partout
?
Pour notre «sécurité», ou pour
préparer, encore, la «der - des - der» ?
Ni viande à canon, ni code-barres, les enfants
ont droit à un autre avenir,
et donc à un autre présent.
A une autre éducation, différente, parce
qu’enfin émancipatrice,
fondée sur la nature, les besoins, et les formidables
capacités de chacun.
Pour le mieux-être de tous. Et en cohérence
avec les idéaux proclamés.
A moins d’en changer ?
Roger Auffrand
(Possible- la Circule-Air, avril 1998)
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