Il
existe sur Terre
une
espèce animale
où
le petit sortant du ventre
de
sa mère
est
pris par les pattes de derrière
et,
tête en bas, battu,
jusqu'à
ce qu'il hurle,
par
un adulte.
Puis
ayant été retourné
en
tous sens, il est emballé,
et
déposé à l'écart.
LES
ENFANTS D'ABORD
|
Alors,
on n'a pas école aujourd'hui ?
"Quand on parle de
l'école aujourd'hui, on ne trouve pas de mots assez durs pour stigmatiser
ses faiblesses, ses carences.
Chacun a son histoire,
ses anecdotes, plus péjoratives les unes que les autres, qui ne
fleurent guère la nostalgie ...
...
A vrai dire, les «écoles parallèles» souffrent
de ne pas mener la réflexion politique jusqu'au bout..."
|
FREINET
& THE ANGLO-SAXONS
(Nicholas
BEATTIE, University of Liverpool, G.B.)
FREINET
AND CITIZENSHIP EDUCATION (Hugh STARKEY, The Open University)
LE
MOUVEMENT FREINET AU JAPON
Persécutés
dès le préau au Japon
JAPON
: Les écoles de la liberté
Qu'est-ce
qui fait marcher Summerhill ?
Y
a-t-il un mécanisme spécial, un truc ?
Neill
a-t-il un secret ?
(l'opinion
de John HOLT)
IMAGINE
A SCHOOL
by Zoe Readhead-Neill
Imagine a school....
· Where climbing trees and building dens are considered as important
as learning decimal fractions.
· Where you can shout at the teacher if you want to.
· Where the rules governing everyday life are made democratically
by the whole community.
· Where the children are free to play all day if they want
to......
Summerhill is such a school.
Bibliographie :
- Libres enfants de Summerhill, en collection Poche
- The new Summerhill, éd. Penguin, 1991
NDLR
- Le tirage de "Libres enfants de Summerhill" depuis la première
traduction parue chez Maspero jusqu'aux rééditions
en Poche a dépassé le million d'exemplaires.
Bien qu'alimentant depuis plus de trente ans les conversations et fantasmes
libertaires (?!) de nombreux enseignants, dont certains ont fait le pélerinage,
il n'existe aucune école de ce type en France.
- Un G.O. du L.A.P. ("lycée" "autogéré"
de
Paris) ayant affirmé avec force moulinets sur un plateau
de TV que "Summerhill en France, c'est le Lap !",
il convient d'apporter quelques précisions :
- Summerhill est un internat, situé en pleine campagne,
près de Leiston en G.B.
- Effectif actuel : 85 élèves, de 8 à
18 ans, composé pour un tiers de japonais et taiwanais, d'une
douzaine d'allemands, 4 américains, 2 français, et d'une
vingtaine seulement d'anglais.
- L'équipe éducative est composée d'une quinzaine
d'adultes - non fonctionnaires! - (vivant souvent sur place
et "au pair"), dont Zoé, propriétaire des lieux, fille
de A.S. Neill.
- Un personnel rémunéré assure les tâches
de cuisine et de ménage.
- Coût de la scolarité en internat (obligatoire du fait
de l'éloignement) : env. 6000 F/mois.
(A titre indicatif, un enfant en internat en France coûte à
la famille 6 500 F au collège et 8 500 F au lycée.)
- L'école ne reçoit aucun salaire, ni aucune subvention
publique, sous quelque forme que ce soit.
L'opinion
de John HOLT
Summerhill
creed given a clean-up
L'édition
originale de "Summerhill" va être rééditée en
2005
et
... rewritée, "excised", par la fille de A.S. Neill
...
Plus "politically correct" ?
(article
suivi du "droit de réponse" de Zoé Neill)
VIENT
DE PARAITRE :
Summerhill and A S Neill
Mark Vaughan
ISBN: 0335219136
EAN: 9780335219131
Open University Press
Price: £17.99
Pages: 208
Description
'Summerhill remains unique and different ' its underlying principles
and its founding beliefs have informed and influenced generations of teachers
in both sectors. It will continue to do so.' - Professor Tim Brighouse,
Commissioner for London Schools
Summerhill is a world-renowned school in England where pupils decide
when and what they will learn. The school was established in 1921 by A.
S. Neill, who was named by the Times Educational Supplement in 1999 as
one of the twelve most influential educators of the 20th Century. Known
as `the oldest children's democracy in the world', Summerhill allows pupils
to air their views, propose new school rules and construct future plans
for life at the school at the regular school meeting.
This unique book contains key extracts from Neill's classic text Summerhill,
a worldwide bestseller since its publication in 1962, and features contributions
from A. S. Neill's daughter, Zoë Neill Readhead, who is the current
Principal. She updates the story of the school - larger and more vibrant
than ever before - from Neill's death in 1973 to the present day. In his
contribution, Tim Brighouse discusses some of the ways in which the influence
of Summerhill and A.S. Neill still extends throughout the world today.
Ian Stronach, who acted as expert witness during the infamous court case,
tells the story of the British Government's attempt to force untenable
changes or close down the school in 2001, and the school's subsequent landmark
victory in the Royal Courts of Justice.
The book offers a truly inspiring account of a remarkable school, which
promotes progressive change in the way pupils are taught and shows how
real experiences of democracy can be created for young people. It is essential
reading for teachers and trainee teachers, headteachers and school leaders,
local education authorities and parents.
Mark Vaughan OBE is Founder and Co-director of
the Centre for Studies on Inclusive Education (CSIE). Prior to this he
followed a career in journalism and was Deputy News Editor for the TES,
where he was the last journalist to interview Neill. He is co-editor, with
Gary Thomas, of Inclusive Education: readings and reflections (Open University
Press, 2004).
Tim Brighouse is Commissioner for London Schools, and was formerly
Chief Education Officer for Birmingham and for Oxfordshire, as well as
Professor of Education, University of Keele.
A. S. Neill was the Founder and Principal of Summerhill School and
author of numerous books on education and child-rearing.
Zoë Neill Readhead is the daughter of A. S. Neill and now Principal
of Summerhill. She has written and spoken on the school widely in the UK
and overseas.
Ian Stronach is Research Professor of Education at Manchester Metropolitan
University.
Table of Contents
Preface by Mark Vaughan
Introduction by Tim Brighouse
`Summerhill School' by A. S. Neill
Summerhill today by Zoe Readhead-Neill
Inspection and justice: HMI and Summerhill School by Ian Stronach
Questions & Answers ' A. S. Neill
Questions & Answers ' Zoe Readhead-Neill
The A. S. Neill Summerhill Trust |
|
ÉTRANGES
ÉTRANGERS :
SUMMERHILL
SCHOOL
"école"
(?) summerhill
© AIE-Possible
Beaucoup
de gens pensaient qu'après la mort de A.S. Neill en 1973, Summerhill
disparaîtrait avec lui. Ce ne fut pas le cas. Summerhill existe toujours
aujourd'hui, organisme social autogéré, indépendamment
de l'homme dont la personnalité fut si intimement liée à
sa conception.
Neill écrivait déjà : "On me demande souvent si
Summerhill n'est pas le fait d'un seul
homme, et si cela me survivra. Summerhill n'est pas du tout cela. Ce qui
a fait de l'école ce qu'elle est, c'est
la notion de non-interférence avec le développement del'enfant,
et d'absence de pression sur lui".
L'épine
dorsale de Summerhill :
"self-government".
Summerhill
est une communauté de 75 enfants environ, de 5 à 16 ans,
et d'une douzaine d'adultes, sans compter
le personnel de service. La plupart sont internes. L'année scolaire
se divise en trois trimestres de dix à douze semaines. L'enseignement
structure la communauté, mais ce n'est
pas l'essentiel. Nous consacrons le plus gros de notre temps et de notre
énergie à la gestion de la vie quotidienne dans tous ses
aspects.
Comme
"house
parent", je suis responsable de la santé et du bien-être
des enfants dont j'ai la charge, mais je n'ai
pas autorité sur eux, juste les mêmes droits que tout un chacun.
Ce qui me permet de vivre parmi les enfants sans avoir à faire la
police, ce dont je me passe avec joie. Ce qui me permet aussi des rapports
plus créatifs, comme ami, soignant, confident, et surtout égal.
Les lois avec
lesquelles nous vivons ne sont pas uniformes, mais couvrent un large spectre
de besoins et de nuances. Par exemple, les différents groupes d'âge
ont des heures de coucher différentes,
et l'équipe n'en a pas. Ces différences ne sont pas imposées
par une haute autorité, mais votées
par la communauté dans son ensemble. Elles reposent uniquement sur
des considérations pratiques et restent constamment ouvertes au
changement.
Le
"self-government"
est l'épine dorsale de Summerhill. Ceux dont l'image de Summerhill
se réduit à un Neill, doux vieillard débitant des
gentillesses et de sages conseils, se trompent. Dans son livre "Pour
ou contre Summerhill", Bruno Bettelheim écrivait de lui :
"Il ne réalise pas que si Summerhill fonctionne bien, ce n'est pas
grâce à une méthode
d'éducation qui serait la bonne, mais parce que ce n'est rien d'autre
que le prolongement de sa personnalité".
Bettelheim
place sa confiance dans Neill au lieu de la placer dans l'enfant, auquel
Neill, lui, fait confiance. L'essentiel des principes de Neill est négligé
et remplacé par un scénario
sentimental rendant sa personnalité plus importante que son message.
Summerhill
continue aujourd'hui plus de vingt ans après sa mort, non pas comme
un hologramme figé de la personnalité
de son fondateur, mais comme une communauté toujours
vivante. L'influence de Neill est toujours là, mais la vie de l'école
n'est pas le fait d'un quelconque individu.
Ce sont les enfants qui l'assurent avec leur appétit de vivre, une
équipe qui n'est pas constamment en train d'interférer ou
d'organiser, et la pratique du "self-government".
Cette autogestion
n'est pas une demie concession, c'est un style de vie qui fonctionne grâce
à des réunions régulières facilitant les expériences,
les changements, et évitant l'immobilisme.
Une mobilité, un développement permanents, non pas suscités
par une bureaucratie anonyme, mais par l'observation,
l'interaction de chacun, la discussion et la
diplomatie. Beaucoup de points de vue sont exprimés. Chacun exerce
son droit à influencer directement la communauté dans laquelle
il vit. Tout peut être remis en question.
© AIE-Possible
Nos
véritables règles.
Il
existe deux réunions hebdomadaires : le "tribunal" le vendredi après-midi,
et l'assemblée générale
du samedi soir. La présence n'est pas obligatoire, mais la plupart
y participent régulièrement.
Chacun dispose d'une voix, y compris les plus jeunes. Le président
est élu pour la semaine, afin d'éviter les dangers d'un poste
permanent. Il a un certain nombre de pouvoirs,
qu'il s'agisse de contrôler les sanctions, d'écourter une
activité qui s'enlise, ou terminer
une réunion qui devient trop confuse (ce que je n'ai vu qu'une fois).
Ces pouvoirs, comme
tout autre ici, sont délégués par l'assemblée.
Une autre source de pouvoir et de responsabilité est le titre de
"Beddie
Officer" (responsable du coucher). Plusieurs sont élus chaque
trimestre pour faire respecter les horaires votés. Ils ont la possibilité
de punir : par exemple, privation de pudding ou amende de 25 p. pour trop
de chahut après le couvre-feu.
Les horaires du
coucher sont toujours sources de grands débats !
Nos véritables
règles sont celles que nous établissons. Les lois que nous
transgressons sont celles que nous avons établies.
Les infractions
à la loi et les conflits individuels sont examinés au Tribunal.
L'atmosphère
de ces réunions a quelque chose d'un conseil de tribu. Chacun écoute
attentivement les litiges, donne son point de vue, et fait des propositions
pour résoudre une situation ou clore une activité.
Exemple :
Tom a pris le pistolet à eau de Rupert et refuse de lui rendre.
Celui-ci l'avertit que s'il ne lui rend pas,
il demandera au Tribunal de statuer. Il y a de fortes chances pour que
le pistolet soit rendu. Sinon, cela se réglera au Tribunal. Chacun
donnera sa version des faits. Si quelqu'un a une suggestion, il lève
la main : ce peut être pour demander un détail, proposer un
arrangement, ou une sanction. Le Président récapitule le
tout, et on vote. La décision finale est annoncée. L'affaire
est close, et on passe à la suivante.
D'autres affaires
constituent une infraction aux règles communautaires. Par exemple,
Linda est rentrée de la ville à la nuit tombée. Elle
peut présenter une explication, puis chacun ayant quelque chose
à dire peut le faire, puis on en vient aux propositions. Ce peut
être un ferme avertissement, une amende, une corvée d'une
demie-heure, ou une privation de sortie en
ville pendant deux jours.
La communauté
penche souvent pour l'indulgence. Après tout, il arrive à
la plupart d'entre nous de commettre une infraction
ou une autre...
Ni
moraliste, ni psychologiste.
Généralement,
lorsque des enfants et des adultes vivent ensemble, tous les pouvoirs sont
entre les mains des adultes, qui oublient aussitôt comment un enfant
perçoit le monde.
Une nuit d'été,
je fus réveillé par des voix dans la chambre voisine. J'y
allai, énervé et les yeux mi-clos,
pour découvrir les enfants habillés préparant une
escapade. "Si vous avez l'intention
de sortir, leur dis-je, pouvez-vous le faire un peu plus discrètement
?". Ils s'excusèrent et descendirent
les escaliers sans bruit. Je pouvais, bien sûr, les citer au prochain
Tribunal, mais maintenant qu'ils étaient calmes, je ne voulais pas
en faire une histoire. Je retournai me coucher sans parvenir à m'endormir.
Au bout d'un moment, plutôt que de rester là à m'inquièter,
je décidai d'aller voir ce qu'ils fabriquaient.
C'était
une belle nuit, bien éclairée par la lune, et je retrouvai
la petite bande de nomades noctambules près
du gros hêtre en face de l'école (connu sous le nom de
"Big Beech",
c'est un célèbre symbole de Summerhill. Des générations
de Summerhilliens ont joué à
Tarzan du haut de ses branches, sous l'oeil de nombreux photographes).
Caché
dans les buissons, je fis quelques bruits inquiétants, suscitant
en écho des chuchotements nerveux et
des bruits de pas hésitants. Je bondis, et fus entouré d'enfants
très heureux que je me joigne à eux, et que ce ne soit pas
une horrible bête ayant élu domicile
dans le bois. Pendant une heure, je me promenai avec eux, explorant les
ombres projetées dans la nuit, si différentes des dimensions
en plein jour, et chargées de la sensation
de l'interdit.
Le lendemain,
je fus cité au Tribunal par l'une des filles les plus âgées
pour être sorti avec un groupe d'enfants
après l'extinction des feux. Vous ne pouvez garder aucun secret,
ici ! Les enfants furent privés de pudding et de la veillée
hebdomadaire (les vendredi et samedi, on peut se coucher plus tard, si
l'on n'a pas enfreint les règles dans la semaine).
Comme je n'avais
pas d'heure de coucher, je fus privé de pudding. Et la prochaine
fois où je monterai sur mes grands
chevaux à propos d'une faute commise par un enfant, je me souviendrai
de ce qu'on ressent lorsqu'on est de l'autre côté de la barrière.

Dans son livre "Quand je serai petit", publié en 1926, l'éducateur
polonais Janus Korczak écrivait :"Vous
faites erreur si vous pensez devoir vous abaisser pour communiquer avec
des enfants. Au contraire, pour atteindre
leurs sentiments, nous devons nous élever sur la pointe
des doigts de pieds".
Pour cette
véritable raison, le "self-government" fonctionne bien mieux
qu'un environnement contrôlé par l'adulte, parce que les enfants
comprennent les dimensions émotionnelles
de leurs actes beaucoup mieux que les adultes.
L'ambiance
du "tribunal" n'est ni moraliste ni psychologiste. On ne tente pas
de dépasser le sujet, mais seulement
de le traiter simplement. Une conduite asociale est acceptée,
c'est-à-dire tolérable, mais sans laxisme. Je veux dire qu'à
Summerhill, nous voyons la vie franchement
et simplement, et nous reconnaissons que presque tout le monde
a, à un moment ou un autre, cassé quelque chose, perdu son
calme, envahi l'espace d'autrui, ou l'a dérangé
par sa conduite. Aussi, quand je dis que nous acceptons le comportement
asocial, cela signifie que nous ne le dramatisons pas, mais le ramenons
à des solutions pratiques.
L'efficacité
de la communauté.
Mais
comment, devez-vous vous demander, si vous ne faites pas la morale, l'enfant
apprendra-t-il le bien et le mal ?
Le Bien et
le Mal sont simplement des définitions artificielles par lesquelles
nous affirmons nos propres manières
de voir le monde, qui apparaît tout-à-fait différent
à un autre. Qui suis-je pour dire que
ma conception du monde est supérieure à celle d'autrui ?
Qui sait quelle
nébuleuse de cauchemars peut projeter quelqu'un dans un réveil
sinistre?
Qui peut comprendre
les anxiétés d'un autre, ses peurs, sa solitude ?
Chacun de
nous porte ses propres cicatrices, ses blessures avec lesquelles il essaie
de composer. Je peux seulement défendre mon droit d'avoir mon propre
point de vue, et qu'il ne soit pas occulté par la réalité
d'un autre. C'est le droit de tout être vivant, ce n'est pas une
affaire de taille ou de pouvoir.
Comment, devez-vous
aussi vous demander, espérer que les enfants se comprennent si vous
n'êtes pas psychologues avec eux ?
Les enfants
se connaissent beaucoup plus facilement si leur esprit n'est pas encombré
par les idées qu'ont les adultes sur eux. A la base de tout geste
asocial ou désespéré,
il y a une naturelle tentative de contact, d'affirmation de la vie, qui
a été entravée. Plus
nous nous concentrons sur le symptôme, plus nous le réduisons.
Quand nous commencons à accepter une
personne comme un tout, elle peut commencer à s'accepter elle-même.
C'est alors que ses défenses commencent à fondre, et que
son profond élan vital peut se développer dans tous les aspects
de sa vie. La psychologie a sa place dans le monde, mais l'acceptation
de soi-même et son self-contrôle sont déjà thérapeutiques.
Il est toutefois
important de distinguer l'acceptation de trop d'indulgence, et c'est là
que l'approche pratique, terre à terre, des problèmes est
la plus efficace. Il est reproché par exemple, à Joe d'avoir
volé au café
("Orange Peel"), et d'avoir essayé
d'acheter l'amitié des autres en distribuant gratis chocolat et
friandises. Ceux qui ont investi beaucoup de travail dans le café
sont furieux parce qu'ils essaient de gagner de l'argent pour acheter des
B.D. et des jeux pour rendre ce lieu plus agréable. A la réunion,
beaucoup de choses se disent ouvertement. Joe est puni et devra faire une
étagère en bois pour le café et assurer son nettoyage
les trois prochains jours d'ouverture. On ne parle pas longtemps de ses
motifs. Ses problèmes personnels ne sont pas étalés
à la réunion. A la sortie, personne ne lui est hostile, l'atmosphère
a été assainie. Il a réalisé, peut-être
juste entrevu, qu'on l'accepte comme il est,
qu'il n'est pas nécessaire de chercher à frimer, que l'amitié
ne s'achète pas,mais vient d'elle-même. Il le comprend,
parce qu'il a été interpellé, mais pas rejeté.
L'efficacité
de la communauté est dans son attitude, pas dans d'interminables
discussions et analyses.
De même,
s'il n'y a pas de moralisme ni d'autoritarisme, il n'y a pas non plus de
ressentiment de la personne jugée. Le conflit est rationnel, et
non pas basé sur une lutte de pouvoir;
la réponse est donc rationnelle.
Faire du skate
à l'intérieur est interdit; pourtant dans la chambre voisine
de la mienne, les enfants en font et le bruit
me dérange. Après plusieurs observations, j'en parle à
la réunion. Punition : 25 p. d'amende. A la sortie, nous sommes
aussi amis qu'avant.
L'affaire est close,
sans ressentiment. Vous verrez souvent deux enfants jouer ensemble à
la fin d'une réunion au cours de laquelle l'un a été
puni suite à la plainte de l'autre. Du fait qu'ils
ont pu déballer leurs problèmes à leur façon
sans avoir à en référer au grand bastion de l'autorité
adulte, aucun n'a le sentiment d'avoir été accablé,
le conflit n'a pas été mêlé à des luttes
de pouvoir masquant le simple fait.
Certains nouveaux
arrivants ont naturellement quelque difficulté à parler en
réunion : ils peuvent alors être
aidés par quelqu'un ou demander à un médiateur de
défendre leur cause. Les
"ombudsmen",
généralement des enfants plus âgés, sont élus
en début de trimestre. Trois d'entre
eux sont disponibles chaque semaine pour arbitrer les petites disputes
ou régler une affaire qui ne peut attendre la fin de la semaine.
Exemple :
David ne veut pas sortir de la chambre de Janet. Elle appelle l'ombudsman
pour faire respecter son droit. La plupart des cas sont résolus
sur le champ, sinon ils sont traités
le vendredi. Les médiateurs n'ont pas le droit de fixer une sanction,
mais ils peuvent confisquer l'objet du litige, en cas de danger, par exemple.
Le
self-government, c'est comme ça.
Au
début de l'A.G. du samedi, il y a toujours la liste des décisions
de la semaine. A la fin, il peut y avoir des "appels" concernant une sanction
prise la veille au tribunal. Très souvent, la punition est réduite
ou supprimée, parce qu'il y a rarement appel si quelqu'un ne pense
pas réellement qu'une sanction soit injuste ou excessive. Il peut
arriver que sur le moment, un cas ait été dramatisé
et qu'il y ait eu un excès de zèle : le lendemain, l'atmosphère
est meilleure, et on voit les choses plus calmement.
La
principale fonction de l'A.G. est d'élaborer les lois régissant
notre vie et de supprimer celles qui ne conviennent
plus, ou de les amender pour qu'elles correspondent mieux aux besoins de
la communauté à un moment donné. C'est un processus
de renouvellement permanent.
A chaque séance
du vendredi ou du samedi, chacun peut s'inscrire pour signaler un litige
ou contester la validité d'une loi, proposer qu'elle soit supprimée,
remplacée par une autre plus efficace, ou en proposer une nouvelle
pour couvrir un domaine nécessitant une meilleure définition.
On propose, on discute, et on vote. Cela devient une nouvelle loi, jusqu'au
jour où quelqu'un proposera d'en rediscuter. Ainsi les lois de l'école
sont-elles en constante évolution,
reflètant les courants de la communauté à une certaine
époque.
Parfois, des
litiges traînent en longueur; ils paraissent ennuyeux ou pas selon
l'investissement émotionnel de chacun. Au dernier trimestre, il
y avait beaucoup de bruit à l'étage après l'heure
du coucher. Quelqu'un proposa de retarder cette heure ... ce qui me contraria
beaucoup, car à ce moment-là, après une longue journée,
je passe une bonne demie heure à distribuer
un chocolat chaud, quelques soins, et répondre aux besoins de dernière
minute des enfants. Ensuite, je dois encore m'aérer une bonne heure
avant d'aller au lit moi-même. La perspective d'un coucher plus tardif
me fit argumenter désespérément contre cette proposition.
Le débat continuait pour les âges, mais comme le sujet était
d'une grande importance pour moi, le temps me parut très court.
Par contre, lorsqu'il s'agit ensuite de l'usage
du skate au rez-de-chaussée, je ne me sentais pas concerné,
et il me sembla que cela s'éternisait
!
Le
"self-government",
c'est comme ça. Il est aussi à noter que beaucoup d'enfants
qui auraient pu se coucher plus tard si la loi était passée,
prirent en compte ma position et votèrent
contre.
Plus
d'un juge ou d'un homme politique auraient beaucoup à apprendre
d'une réunion à Summerhill.
Toutes les lois
passent par l'A.G., sauf celles concernant la santé et la sécurité,
ou d'autres relevant impérativement
de la loi du pays. Les décisions pour la répartition dans
les chambres sont du ressort de l'équipe, pour éviter les
ségrégations. C'est elle qui décide également
de l'admission d'un nouvel enfant dans l'école, ou si nécessaire
- mais heureusement, c'est très rare
- d'une exclusion. L'accès à toutes les informations, sur
la famille ou tel détail important
que l'on ne désire pas exposer publiquement, fait toute la différence
dans une décision de cet ordre. L'expérience adulte et sa
vue d'ensemble peuvent prévaloir sur les intérêts immédiats
de la communauté; mais cela n'est pas toujours vrai : les sentiments
de la communauté dans son ensemble ont une profonde importance.
L'A.G. peut
décider de renvoyer quelqu'un chez lui avant la fin du trimestre
ou suggérer à l'équipe
un renvoi définitif, mais c'est très rare. Le recrutement
d'un enseignant est également du ressort
de l'équipe, le C.V. pour le poste à pourvoir pouvant être
difficilement apprécié par la communauté. Cependant,
lorsque le candidat visite l'école, les opinions des enfants sont
prioritairement prises en compte. Le droit de l'équipe auxchoix
final vient du fait qu'elle est en dernier ressort responsable, et devra
répondre à toute critique extérieure.
Le
"self-government"
est un courant puissant qui guide notre vie à Summerhill, et donne
à la communauté sa force et sa substance. Les A.G. ne sont
pas des détails supervisés par des adultes bienveillants,
mais quelque chose de dynamique, d'animé, qui place le pouvoir de
notre vie quotidienne réellement entre les mains de la communauté
toute entière.
Un membre
de l'équipe proposa un jour de supprimer toutes les T.V. sauf celle
du salon. Ce fut une des rares occasions où
l'on vit toute l'équipe (en général aussi divisée
sur un vote que les enfants), voter dans le
même sens, mais la majorité des enfants était contre.
Ce fut donc rejeté. Les enfants n'ont pas à "respecter" les
adultes à Summerhill; nous sommes leurs égaux. Ils ont leurs
propres opinions. Ils sont plus à même de décider comment
ils doivent façonner leur vie. Par le
self-government, nous
apprenons en permanence à nous écouter
réciproquement, et cela s'applique aussi bien aux adultes qu'aux
enfants.
Plus d'un juge
ou d'un homme politique auraient beaucoup à apprendre d'une réunion
à Summerhill. Quand j'écoute le Parlement à la radio,
je suis stupéfait par la tenue et le niveau de respect de nos réunions
en comparaison.
Neill reconnaissait
aux enfants la capacité à déterminer le cours de leur
propre vie.
Il voyait
son rôle comme celui d'un porte-parole des enfants, le monde adulte
ne les écoutant pas.
L'origine
de problèmes n'est pas dans l'enfant, il est dans l'attitude des
adultes à leur égard. Il peut
y avoir eu beaucoup de changements depuis l'époque où Neill
dirigeait l'école, mais le scénario
est fondamentalement le même. Les enfants sont toujours privés
du respect et du soutien qui leur est dû comme êtres vivants.
Un mélange confus d'autoritarisme, de corruption, et de séduction,
maintient toujours les jeunes sous la tutelle du monde adulte, un monde
qui a perdu le contact avec son élan vital.
Réduire
les perspectives de Neill aux dimensions de sa personnalité revient
à confondre l'essentiel et l'accessoire.
Summerhill
continue aujourd'hui, non pas dans l'ombre d'un seul homme, mais grâce
à son propre système de self-government qui ne permet
pas à l'adulte d'avoir un pouvoir sur l'enfant, mais nous donne
la liberté de vivre côte à côte.
Matthew
Appleton,
(ancien)
house-parent à Summerhill.
(Traduit
par Roger Auffrand pour POSSIBLE la Circule Air)
VICTOIRE
SUR LA BUREAUCRATIE !
Au terme du
procès
intenté par l'école
contre la décision
administrative de fermeture,
SUMMERHILL SCHOOL
reste libre de sa pédagogie.
2007
: Un
rapport d'inspection très flatteur !
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