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Les travailleurs pauvres
une précarité qui effraie les Français






PARIS - afp-060325 - Le phénomène des "travailleurs pauvres", qui touche de nombreux jeunes, tend à s'amplifier en France et renforce la peur de la précarité qui mobilise dans la rue des centaines de milliers de salariés, lycéens et étudiants contre le contrat première embauche (CPE).

"Travailleurs pauvres": apparue dans les années 70, la notion de "working poor" vient des Etats-Unis et désigne une personne qui travaille mais dont le salaire ne permet pas, malgré tout, à sa famille de s'extraire de la pauvreté.

En France, comme dans plusieurs pays de l’Union européenne, cette catégorie de travailleurs a pris de l'ampleur à partir de la fin des années 1990, touchant principalement les familles monoparentales et les jeunes.
Et elle tend à augmenter, relève le rapport 2005-2006 de l'Observatoire français de la pauvreté.

Cas typique du "travailleur pauvre" en France: une femme de ménage ou une caissière salariée à temps partiel, souvent faute de mieux, travaillant deux heures très tôt le matin et trois heures tard le soir, confrontée au problème de la garde de ses enfants, tout cela avec un salaire très réduit.

La France compte un million de "travailleurs pauvres" si on se réfère au seuil de pauvreté fixé à 50% du salaire médian (645 euros/mois pour une personne seule) et le double, si l'on prend le seuil de 60% du salaire médian (774 euros/mois) retenu pour les comparaisons européennes.

Globalement, la France se situe dans la moyenne européenne avec près d'un pauvre sur deux (47%) "vivant dans une famille où au moins un des adultes travaille", contre 8 sur 10 aux Etats-Unis, explique Marco Mira d'Ercole, co-auteur d'un rapport en 2005 sur la pauvreté dans les pays de l'OCDE.

La France compte entre 3,7 et 7 millions de pauvres (7%), selon que l'on retient la définition française ou européenne de la pauvreté, une proportion moins élevée que dans le reste de l'UE (10,7% en moyenne) et que beaucoup d'autres pays développés (11% en GB, 13,7% au Portugal ou 17% au Etats-Unis), selon l'OCDE.

Mais "ce qui fait la spécificité française, c'est que certains pays comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont fait le choix d'avoir des travailleurs pauvres plutôt que des chômeurs. La France, elle, conjugue désormais les deux" avec un taux de chômage parmi les plus élevés des pays développés (9,6%), analyse Martin Hirsh, président d'Emmaüs-France.

"Il y a un grand vertige des Français", estime M. Hirsh. "Avant, il y avait la peur du chômage et on pensait s'en sortir avec un emploi. Aujourd'hui, un emploi ne permet pas à coup sûr de sortir de la galère".

"C'est une inquiétude de fond", renchérit Nicole Maestracci, présidente de la fédération nationale des associations de réinsertion sociale.

Une peur illustrée, selon elle, en novembre par les émeutes dans les banlieues défavorisées et aujourd'hui par la fronde contre le CPE, rebaptisé par ses opposants "Contrat Précarité Exclusion".

Le taux de chômage en France des moins de 25 ans qui atteint 23% est un des plus élevés en Europe.

"Toute la question est de savoir si ces mesures vont créer des emplois qui débouchent sur des perspectives de carrière ou si elles se transforment en ghetto à vie", résume M. Mira d'Ercole.

Car qui dit travail précaire, dit pas de logement stable, pas de compte bancaire (4 à 5 millions de personnes, selon les associations), un accès aux soins limité et, au bout du compte, "un nombre croissant" de salariés piégés dans un "cercle vicieux" générateur de pauvreté, conclut une récente étude publiée par l'Ires.

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