| Appel pour des éts innovants et coopératifs |
U.S.A. :
Les
créationnistes jouent sur du velours.
Selon un sondage CBS de
novembre 2004, 55 % des Américains croient que "Dieu a créé
les humains dans leur forme actuelle"
(67 % des républicains
; 47 % des démocrates)
Grande Bretagne :
Le
créationnisme aux examens.
Le créationnisme
serait ainsi étudié dans le cursus britannique au même
titre que l’évolutionnisme de Darwin qui,
bien que controversé
sur plusieurs points, demeure une théorie scientifique.
Pologne :
Le
vice-ministre de l'éducation conteste Darwin
Le ministre de l'éducation
et chef de file de la LPR (extrême droite ultracatholique), Roman
Giertych :
"la Pologne est un pays
libre. Chacun a le droit d'y exprimer ses opinions".
Vatican :
Dans
son discours inaugural, Benoit XVI avait laissé entendre que le
sujet de l'évolution lui tenait à coeur,
en
affirmant "nous ne sommes pas des résultats accidentels, sans objet,
de la création".
Le Collège de France
a affirmé son opposition au créationnisme.
"Le vote des professeurs
du Collège de France entre à la fois dans la tradition naturaliste
du Collège
et est aussi un signe très
fort à l'égard des courants de pensée qui reprennent
des idées moyenâgeuses.
"Il y a un courant créationniste
très fort sur le continent nord-américain et il
se révèle qu'il existe aussi chez nous"
| AMERICAN
WAY OF LIFE
Aux Etas Unis, même si le homeschooling
a été imaginé au départ par des parents qui
souhaitaient "déscolariser" leurs enfants, environ 80% des
enfants suivent un programme ultra-religieux.
BRITISH WAY OF LIFE Le "modèle" anglo-saxon, libéral ... et blairo-socialiste... |
Qui
veut la peau de Darwin?
JEUDI 18 OCT08RE 2007
L'offensive créationniste inquiète de plus en plus
les chercheurs et les enseignants, invités à remettre en
cause la théorie de l'évolution.
Depuis 1859 et la diffusion de l'Origine des espèces de Charles Darwin, la théorie darwinienne est l'objet d'attaques. Aux ÉtatsUnis, les fondamentalistes protestants militent pour introduire dans les textes de loi la théorie dite « créationniste », selon laquelle l'homme est de création divine. En juillet 1925, à Dayton, un professeur de sciences naturelles est condamné pour avoir enseigné le principe de l'évolution et contredit, ce faisant, une loi promulguée par l'Etat du Tennessee trois mois plus tôt, interdisant « toute théorie qui nie l'histoire de la création divine de l'homme telle qu'elle est enseignée dans la Bible et qui prétend à la place que l'homme descend d'un ordre inférieur d'animaux». En opposant Darwin à la Bible, le « procès du singe » signale à la fois une victoire de la religion sur la science et le degré d'exposition des professionnels de l'éducation face à la controverse. Avec sa laïcité républicaine et son école publique, la France s'est toujours crue armée contre de telles offensives. Mais cette confiance peut vaciller. En 2004, le groupe Sciences de la vie et de la terre du Syndicat national des enseignants de second degré (Snes) a lancé un groupe de travail sur le darwinisme après avoir entendu un parent d'élève demander pourquoi ils n'enseignaient pas d'autres théories. Et, en février 2007, un ouvrage créationniste musulman, l'Atlas de la création, est arrivé par la poste dans des centaines d'établissements français (voir p. 6). Pour faire le point, le Snes a décidé d'organiser un colloque, les 19 et 20 octobre, sur le thème: « La théorie de l'évolution, entre remise en cause et instrumentalisation ». Précaution exagérée? Voire. Depuis quelques années, les théories créationnistes se drapent dans un déguisement scientiste qui peut troubler. « Vendez de la science ... Qui peut objecter à l'enseignement de plus de science ? N'utilisez pas le mot créationnisme. Parlez uniquement de science. Expliquez que retenir de l'information scientifique contredisant l'évolution revient à de la censure et s'apparente à un dogme religieux ... », recommande un journal créationniste cité dans l'ouvrage dirigé par Patrick Tort, Pour Danvin. Le diable, c'est lui, Darwin, représentant d'un matérialisme
forcené qui interdirait le dialogue entre la science et la spiritualité.
Et le discours se politise, les anti-darwiniens se faisant les promoteurs
du « doute est permis », et par là même les chantres
du débat ouvert et de la démocratie.
Le deuxième camp rassemble des scientifiques attachés
à la distinction entre science et spiritualité. Dans «
Pour une science consciente de ses limites », pétition parue
en juillet 2006 dans Le Monde en réponse au manifeste des membres
de l'UIP, ils rappellent que la science a des limites méthodologiques,
qu'elle ne s'occupe que de faits appréhendables expérimentalement,
et qu'un scientifique ne peut pas, dans le cadre de son travail, se servir
d'elle pour démontrer des propositions métaphysiques, morales
ou politiques. Selon les signataires, parmi lesquels Guillaume Lecointre,
biologiste identifié comme le principal détracteur de Jean
Staune, l'UIP, établissement financé, par la fondation Templeton
« pour le progrès de la religion », transgresse ces
limites en promouvant des professionnels qui incluent leur quête
métaphysique dans leur recherche scientifique.
INGRID MERCKX
ENTRETIEN
« Les pouvoirs injectent de la croyance et du rêve» Philosophe, professeur détaché au Muséum national d'histoire naturelle, directeur de l'Institut Charles Darwin International, Patrick Tort analyse la résurgence actuelle du religieux face à Darwin et à la science l'évolution. Vous participez les 19 et 20 octobre au colloque organisé par le Snes sur le thème « La théorie de l'évolution: entre remise en cause et instru mentalisation ». Comment comptez-vous introduire le débat? Patrick Tort: D'abord, en précisant qu'une résurgence
supplémentaire du créationnisme n'est pas un phénomène
scientifique, et n'a donc aucun pouvoir de « remise en cause»
dans l'univers de la recherche. Dans les laboratoires du monde entier,
l'étude de l'évolution se développe sur des bases
darwiniennes et produit de nouvelles positivités. Nous nous trouvons
en fait devant une régression religieuse et antiscientifique apparemment
multiforme, mais aux manifestations convergentes, puissantes et organisées,
qui a sa source d'influence majeure aux États-Unis. Elle réactive
et promeut une série de courants aussi divers que le fondamentalisme
biblique des évangélistes américains, l'Intelligent
Design et le fixisme d'Harun Yahya, prosélyte musulman turc
qui attaque les fondements de la paléontologie et de la biologie
moderne de l'évolution pour leur substituer le dogme de la création
divine de chaque forme vivante dans son état définitif.
Comment expliquer ce retour du religieux face au domaine scientifique?
Pourquoi cette intensification actuelle des idéologies
anti-darwiniennes ?
En France, le débat pourrait-il s'engager entre ceux qui
veulent distinguer l'activité scientifique et les croyances personnelles,
et ceux qui veulent les associer?
Qu'en est-il du succès du « darwinisme social»
et des liens entre créationnisme et libéralisme?
Les doutes qui frappent le darwinisme s'expriment au nom d'une résistance à une pensée unique et du droit de contester. Le darwinisme est-il contestable? C'est précisément parce que la théorie darwinienne est une théorie scientifique qu'on en discute encore dans la science, et qu'à partir d'elle on construit de nouveaux horizons de pensée. Mais, tombant dans le piège des anti-darwiniens, on utilise dans ce débat un vocabulaire politique. Diraiton que la chute des corps relève de la pensée unique? Une vérité scientifique n'est pas une question de démocratie. Nul n'a le droit de faire croire que chacun est libre de penser ce qu'il veut en science comme il le peut en politique. Reagan a voulu, au nom d'un libéralisme décérébré, la parité du darwinisme et du créationnisme dans les écoles. Dès que l'on considère, au nom de la« liberté », que l'on peut rejeter une théorie dont est issue une partie de la biologie moderne, on glisse dans une effrayante confusion entre la science et la politique, et on fait du même coup un usage politique de la science. On ne vote pas pour la chute des corps. On ne vote pas pour la théorie de l'évolution. Comment expliquer la fortune des idées anti-darwiniennes?
PROPOS RECUEILLIS PAR INGRID MERCKX
À paraître: Darwin et la religion, Ellipse.
Institut Charles Darwin International: www.darwinisme.org
Création d'ignorance « L'Atlas de la création », envoyé aux écoles en février 2007, a fait réaliser aux enseignants qu'ils étaient des cibles stratégiques pour les idéologies créationnistes. Août 1999. Le Conseil de l'éducation du Kansas adopte de
nouveaux critères pour l'enseignement des sciences. La science darwinienne
est ravalée au rang d'hypothèse, et le créationnisme,
au nom duquel le monde a été créé par Dieu
en sept jours, obtient droit de cité dans les écoles. Dans
un pays où les programmes scolaires sont du ressort des autorités
locales, les débats flambent dans chaque État. Début
2000, au moins sept États tentent de gommer Darwin des programmes
scolaires. En Alabama, les livres de science sont sommés d'établir
que l'évolution est une « théorie controversée»
au prétexte que « personne n'était là au moment
de l'apparition de la vie sur terre, donc toute affirmation sur les origines
de la vie relève de la théorie, non des faits».
En 2004, Joël Besnard, responsable du groupe Sciences de la vie et de la terre (SVT) du Syndicat national des enseignants de second degré (Snes), lit sur une liste de diffusion: « Lorsque j'enseigne l'évolution, des élèves me disent: "Ce n'est pas ce que dit le prêtre." » Deux ans plus tard, dans un lycée, un père d'élève demande à une prof de SVT : « Vous n'enseignez pas d'autres théories ?» S'il est normal pour des géo-biologistes que nous sommes de nous intéresser à l'argumentation de l'évolution, il est également logique que les syndicalistes que nous sommes s'inquiètent de la confrontation de conceptions opposées, concurrentielles, de l'évolution, déclare Joël Besnard en mars 2006, en introduction à une journée de réflexion sur le thème « Enseigner l'évolution face aux croyances ». En effet, si notre formation nous permet de répondre à un certain nombre d'interrogations scientifiques, elle nous laisse parfois en difficulté lors des questions qui mêlent réalités observables et explications finalistes, métaphysiques.» Faut-il et peut-on former les enseignants à une approche critique de l'évolutionnisme et du créationnisme ? C'est l'une des questions du colloque organisé par le Snes les 19 et 20 octobre à La Plaine-Saint-Denis (93). Preuve du besoin grandissant des professionnels de l'éducation en la matière. L'urgence s'est accrue en février dernier avec l'arrivée dans plusieurs centaines d'établissements français de l'Atlas de la création. Un ouvrage de 700 pages illustrées condamnant la théorie de l'évolution au profit du créationnisme et signé par un certain Harun Yahya. Ce prosélyte musulman turc, qui diffuse ses thèses à tour de bras (www.bookglobal.net). tente de prouver que les espèces animales n'ont pas changé depuis la création, et fait des thèses de Darwin « la réelle source du terrorisme ». Le ministère a demandé que cet ouvrage soit mis hors de portée des élèves. Mais l'affaire a fait du bruit. « Il ne s'agit pas de théories mais de croyance, a rappelé Dominique Borne, président de l'Institut européen en science des religions (Libération du 6 février). Face aux élèves, il ne faut pas opposer théorie contre théorie, mais leur montrer la différence entre la connaissance scientifiquement établie et des croyances [ ... J, et leur expliquer que l'on cherche la vérité avec des outils scientifiques. » Pas une mince affaire. D'autant que tout élève cherchant des informations sur l'évolution tombe forcément, à un moment ou à un autre, sur celles distillées par l'Intelligent design sur Internet. Seule façon d'y répondre: développer le sens critique, donner des arguments. Exemple, face à l'objection la plus répandue: « L'évolution n'est qu'une théorie, pas un fait. » « Il n'y a pas de séparation possible entre faits et théorie, explique Guillaume Lecointre, dans sa "seconde postface à l'attention des enseignants". La théorie investit l'appréhension du fait, mais un fait sans théorie environnante ne signifie rien. L'évolution biologique est à la fois une théorie qui met en cohérence un grand nombre de faits, et des manifestations tangibles que nous appelons faits. La théorie n'est pas moins "vraie" ou moins crédible que les faits qu'elle explique. Il n'y a pas à employer le mot "théorie" dans un sens péjoratif. » « Mais il faut aussi ne pas oublier que cette propagande religieuse est par essence et par destination une propagande politique qui doit être analysée dans sa genèse complexe et combattue politiquement en connaissance de cause», met en garde Patrick Tort. Encore faut-il prendre la mesure du problème au-delà du périmètre de la classe. INGRID MERCKX
(1) Voir les dossiers Sagascience pour le CNRS.
Au nom du «dialogue» L' Université interdisciplinaire de Paris diffuse des idées non darwiniennes et tente d'investir l'école avec ses cours sur les «implications théologiques» de la science. L'Université interdisciplinaire de Paris (UIP), « un lieu unique d'ouverture, de diffusion et de dialogue », va bientôt reprendre ses cours du soir, promet Jean Staune, secrétaire général et cofondateur de l'association qui a créé l'université en 1995 et revendique 1250 adhérents. Pour l'instant, la page «Agenda» de son site Internet reste désespérément vide, mais on peut y découvrir les théories promues par cette université: implications philosophiques de la science et critique du darwinisme et du créationnisme (mais cette dernière page est vide). Jean Staune rassure : « On est une université populaire comme l'Université de tous les savoirs, sauf que l'on existe depuis plus longtemps qu'elle, mais avec moins de moyens. Et nous sommes plus orientés sur des idées nouvelles en général. » Ce que Jean Staune nomme « idées nouvelles» est défini par lui comme « une tradition dans le champ de Teilhard de Chardin d'une critique évolutionniste du darwinisme». L'UIP n'existerait pas sans ce personnage aux multiples facettes: chargé
de cours à HEC, diplômé dans différentes disciplines,
expert en management à son compte (Jean Staune International) et
maître de conférences à l'Institut supérieur
des affaires, Jean Staune est aussi celui par qui est arrivée la
critique du darwinisme. L'homme s'est distingué en octobre 1991
par un article publié dans le Figaro intitulé : « L'évolution
condamne Darwin ».
L'Université interdisciplinaire de Paris a aussi fonctionné avec les fonds privés de grands noms du CAC 40. « Nous avons été financés par Auchan, L'Oréal, Peugeot, France Télécom, EDF-GDF. Air France a été partenaire de notre grand colloque. Des fondations suisses nous ont aussi financés », cite pêle-mêle le secrétaire général. Aujourd'hui, l'essentiel de ces fonds provient de la fondation Templeton, « le plus grand financier des adversaires du créationnisme aux États-Unis », affirme Jean Staune, qui proteste contre les amalgames entre « non-darwiniens» et créationnistes en France. La fondation américaine finance depuis 2002 des programmes de l'UIP, intitulés « Perspectives globales en science et spiritualité» (GPSS), un concours destiné à des universitaires d'Asie et d'Europe de l'Est. « Le programme GPSS 1 a permis de distribuer un million et demi d'euros à 18 universités dans 18 pays, et GPSS 2 distribue la même somme à 7 universités en Chine, au Japon, en Russie, notamment pour de la recherche fondamentale sur la question des implications philosophiques de la mécanique quantique par rapport à la philosophie bouddhiste ou au taoïsme », explique Jean Staune. Le secrétaire général ne manque pas de pointer le « barrage médiatique gigantesque, parce que nous avons de l'argent américain, même si c'est de la part des darwiniens, parce que nous travaillons aussi effectivement sur les implications phIlosophiques et théologiques de la science: on dit des choses qui gênent un certain nombre de pensées politiquement correctes ». Mais Jean Staune diffuse cet enseignement non darwinien au-delà de l'UIP. Récemment, en Suisse, le fondateur de l'université a dispensé ses cours dans le lycée cantonal des Creusets, à Sion (Valais). «Le lycée a réalisé 40 posters sur les différentes thèses de mon livre [1], de la philosophie à la technique en passant par la chimie, les mathématiques, le cerveau et la neurochimie, avec notamment l'aumônerie chrétienne du lycée. » Les posters ont été affichés pendant trois semaines dans les salles de cours, et les lycéens ont eu droit à une conférence de Jean Staune en personne. « Eux l'ont fait. J'espère bien qu'en France cela se fera aussi dans l'éducation, pourquoi pas nationale. Nous avons déjà des demandes du privé, en Seine-Saint-Denis et en Bretagne. » THIERRY BRUN
(1) Notre existence a-t-elle un sens ?, Jean staune, Presses
de la renaissance, 2007.
Le darwinisme est parfois contesté dans les salles de classe françaises Le Monde - 26.04.05
La lutte contre le darwinisme n'est pas une spécialité nord-américaine. Elle essaime parfois aussi dans les salles de classe françaises. "J'ai eu l'occasion d'assurer des travaux personnels encadrés -TPE- en lycée sur l'évolution. Il était clair que les élèves avaient puisé sur Internet des éléments du Discovery Institute" , témoigne Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN). Le Discovery Institute, basé à Seattle, est le plus ardent promoteur aux Etats-Unis du "dessein intelligent" . Ces conceptions apparaissent sur les moteurs de recherche et quiconque omettrait l'accent sur le "e" d'évolution est presque assuré d'y être automatiquement renvoyé. "Mais ces contenus sont aussi largement traduits, notamment en français" , assure Guillaume Lecointre. La thèse centrale des tenants du "dessein intelligent" ? La vie est trop complexe pour résulter d'une évolution guidée par un processus aveugle de mutation/sélection. Là où il y a horloge, il y a forcément un horloger. Son cheval de bataille actuel est le flagelle de la bactérie, qualifié de "machine la plus efficace de l'Univers" . Ce moteur rotatif évolue à plusieurs dizaines de milliers de tours par minute. Constitué d'une cinquantaine de molécules, il ne peut, selon les membres du Discovery Institute, qu'être une pièce d'ingénierie et non le résultat d'une série de pas successifs sélectionnés par l'évolution. Pour Guillaume Lecointre, les thèses défendues par le Discovery Institute constituent le prototype d'une nouvelle "désinformation instruite" qui prend le relais des formes anciennes de créationnisme. Les critiques passées du darwinisme s'appuyaient sur l'exemple de l'oeil, organe lui aussi jugé trop complexe pour être uniquement le fruit de processus naturels. En empruntant aux registres de la biochimie et de la génétique, "il s'agit désormais, pour les spiritualistes, afin de crédibiliser le message des scientifiques, de paraître plus scientifiques qu'eux" , estime-t-il. Ces critiques adressées à la théorie de l'évolution se fondent sur "une série de raisonnements analogiques, d'objections fausses, de confusions épistémologiques et de décalages d'échelle dans la critique" , dont le chercheur français détaille les ressorts dans un ouvrage collectif récent (Les Matérialismes et leurs détracteurs, Syllepse, 800 p, 33 €). Il prend la peine de répondre sur le site du CNRS (http ://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap1/lecointre1.html) aux 10 questions que Jonathan Wells, membre du Centre pour le renouveau de la science et de la culture, suggère aux élèves de poser en classe de sciences naturelles pour embarrasser les enseignants. En France, il arrive plus rarement à ces derniers d'être confrontés à une résistance des élèves sur les questions d'évolution. Corinne Fortin, professeur en sciences de la vie et de la Terre au lycée de Torcy (Seine-et-Marne), estime cependant que, ces dernières années, "les idées créationnistes ont pris plus de poids" . Auteur, en 1993, d'une thèse consacrée à l'enseignement de l'évolution, elle dit ressentir les effets du fondamentalisme religieux. "Avant, seuls les Témoins de Jéhovah proposaient des objections" , explique-t-elle. Aujourd'hui, "le vrai danger sur Internet vient de sites militants qui peuvent séduire des élèves même non pratiquants" , dit-elle. "Ces questionnements ne sont pas négatifs, à condition que l'on veille et qu'on y réponde" , estime Jean Ulysse, secrétaire général de l'Association des professeurs de biologie et de géologie, qui avait coutume de débuter le cours sur l'évolution par une présentation des conceptions créationnistes précisément pour montrer en quoi leur démarche n'était pas scientifique. Mais si l'on enseigne toujours les faits évolutifs, "depuis quelques années, la théorie de l'évolution n'est plus dans les programmes" , regrette-t-il. Hervé Morin
Aux Etats-Unis, l’ouverture d’un
musée des erreurs
Fondé par des créationnistes, il présente une histoire du monde calquée sur la Bible. Par Thomas Devry - Libération
-: samedi 7 juillet 2007
Pour une raison inconnue, les petits Américains passent un temps considérable à ingurgiter tout ce qu’ils peuvent sur les dinosaures. Il n’est donc pas étonnant qu’un musée qui cherche à modeler l’esprit des enfants déploie quantité de triceratops, diplodocus et autres stégosaures, en plastique ou animés tels des robots. Des institutions fort sérieuses, comme le Smithonian Museum à Washington, sont passées par là. Mais voilà, à Petersburg, au cœur des collines du Kentucky, les tyrannosaures et quelques vélocirapteurs batifolent en parfaite harmonie aux côtés d’enfants souriants (en plastique aux aussi). Ce tableau, propre à effrayer tout spectateur de Jurassic Park, a le don de hérisser le poil de n’importe quel naturaliste qui sait que les dinosaures et les humains ont raté leur rendez-vous de 60 millions d’années. Pas ici, car nous sommes au musée de la Création, fondé sur la parole littérale de la Bible (Ancien et Nouveau Testament), qui fait remonter l’âge de notre bonne vieille planète Terre à 6 000 années maximum. Alors, T-Rex et Cro-Mag partenaires de jeu, pas de problème. Il fallait bien que ça arrive un jour. Vexés de s’être
fait ridiculiser en 1925 lors d’un des procès les plus célèbres
du XXe siècle, les créationnistes américains n’ont
eu, depuis, de cesse de reprendre pied dans les écoles du pays.
Après la tentative, une nouvelle fois avortée l’an passé,
de faire valider l’apprentissage de la «conception intelligente»
(«intelligent design») de l’univers par «un être
supérieur», ils ont choisi une autre forme d’enseignement
: la muséologie. Imaginé par Ken Ham, un évangéliste
australien, le Creation Museum, qui a ouvert ses portes fin mai après
27 millions de dollars d’investissement, ambitionne, selon son fondateur,
«de démontrer que tout ce qui est contenu dans la Bible peut
être défendu par la science moderne». Sans oublier les
dinosaures, bien sûr, car, d’après Ken Ham, «ils font
un tabac avec les enfants». Un des concepteurs des parcs Universal
Studios en Floride a même été recruté pour cette
sainte croisade.
Un peu plus loin, on nous explique que la Bible a commencé à
perdre de son influence à cause d’une foison de libres-penseurs,
méchamment dénoncés sur un mur du déshonneur
: Bacon, Descartes, Laplace, Buffon, Darwin. On passe ensuite aux explications
«scientifiques». Dieu a certainement créé l’ADN.
Examinons le cas de l’œil : l’œil est vraiment très complexe, bien
plus qu’une caméra vidéo. C’est donc la preuve qu’il a fallu
un créateur omnipotent et omniscient pour inventer cette merveille.
Pas convaincus par la science ? Repartons un peu vers des choses plus amusantes
: des tableaux grandeur nature du jardin d’Eden, avec Adam, Eve, le serpent,
les animaux (et les dinos). Il a beau être écrit dans Genèse
2:25, «Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils
n’avaient pas honte l’un devant l’autre», ici, les cheveux d’Eve
couvrent toujours sa poitrine, et Adam dissimule habilement son entrejambe.
Étourdi par tant d’informations, il ne reste plus, près de la sortie, qu’à visionner un film qui suggère que les dragons des légendes européennes et chinoises du Moyen-Age ne sont rien d’autres que des dinosaures qui ont survécu un peu plus longtemps qu’on ne le croyait. Au sortir de cette présentation, deux professeurs d’un lycée local, venus observer «quelles âneries nos élèves vont bientôt nous sortir», grommellent. Une mère de famille les entend et s’approche d’eux : «Ayez l’esprit ouvert ! Pourquoi refusez-vous d’envisager une autre explication ?» Les deux profs battent en retraite, peu désireux de dialoguer. «Existence de Dieu». En ce jour de la mi-juin, les
visiteurs affluent, certains venant de très loin, comme en témoignent
les plaques d’immatriculation sur un parking presque plein. Comme la plupart
d’entre eux, Mary-Ann Walter recherche «une théorie alternative
de la création de notre planète, conforme à notre
croyance en Dieu». David, un adolescent en short venu avec sa chorale
pastorale, hésite encore : «Je ne sais pas si ce qui est présenté
dans ce musée est vrai ou pas, mais cela me plaît davantage
que le darwinisme, qui ne prend pas en compte l’existence de Dieu.»
Confusion apparemment partagée par une majorité d’Américains,
puisqu’un récent sondage ( USA Today) offre ce curieux résultat
: 66 % estiment que Dieu a créé l’homme tel qu’il est aujourd’hui,
et 53 % penchent pour la théorie de l’Evolution.
Benoit XVI pourrait embrasser la théorie de l'Intelligent Design Le colloque organisé autour de Benoit XVI devrait marquer une entrée en force de la théorie de l'Intelligent Design dans la doctrine catholique. "There have been growing signs the Pope is considering aligning his church more closely with the theory of "intelligent design" taught in some US states. Advocates of the theory argue that some features of the universe and nature are so complex that they must have been designed by a higher intelligence. Critics say it is a disguise for creationism." Le colloque qui réunira des scientifiques, des intellectuels et des philosophes autour du pontife, verra l'intervention de personnalités qui ont récemment soutenu publiquement l'Intelligent Design, dont le Cardinal autrichien Christoph Schönborn. Dans son discours inaugural, Benoit XVI avait laissé entendre que le sujet de l'évolution lui tenait à coeur, en affirmant "nous ne sommes pas des résultats accidentels, sans objet, de la création". Pope prepares to embrace theory
of intelligent design
Philosophers, scientists and other intellectuals close to Pope Benedict will gather at his summer palace outside Rome this week for intensive discussions that could herald a fundamental shift in the Vatican's view of evolution. There have been growing signs the Pope is considering aligning his church more closely with the theory of "intelligent design" taught in some US states. Advocates of the theory argue that some features of the universe and nature are so complex that they must have been designed by a higher intelligence. Critics say it is a disguise for creationism. A prominent anti-evolutionist and Roman Catholic scientist, Dominique Tassot, told the US National Catholic Reporter that this week's meeting was "to give a broader extension to the debate. Even if [the Pope] knows where he wants to go, and I believe he does, it will take time. Most Catholic intellectuals today are convinced that evolution is obviously true because most scientists say so." In 1996, in what was seen as a capitulation to scientific orthodoxy, John Paul II said Darwin's theories were "more than a hypothesis". Last week, at a conference in Rimini, Cardinal Christoph Schönborn of Austria revealed that evolution and creation had been chosen as the subjects for this year's meeting of the Pope's Schülerkreis - a group consisting mainly of his former doctoral students that has been gathering annually since the late 1970s. Apart from Cardinal Schönborn, participants at the closed-door meeting will include the president of the Austrian Academy of Sciences, Peter Schuster; the conservative ethical philosopher Robert Spaemann; and Paul Elbrich, professor of philosophy at Munich University. Last December, a US court sparked controversy when it ruled that intelligent design should not be taught alongside evolution theory. Cardinal Schönborn said: "The debate of recent months has undoubtedly motivated the Holy Father's choice." But he added that in the 1960s the then Joseph Ratzinger had "underlined emphatically the need to return to the topic of creation". The Pope also raised the issue in the inaugural sermon of his pontificate, saying: "We are not the accidental product, without meaning, of evolution." A few months later, Cardinal Schönborn, who is regarded as being
close to Benedict, wrote an article for the New York Times backing moves
to teach ID. He was attacked by Father George Coyne, director of the Vatican
Observatory. On August 19, Fr Coyne was replaced without explanation. Vatican
sources said the Pope's former astronomer, who has cancer, had asked to
be replaced.
Aux Etats Unis, même si cela a été imaginé au départ par des parents qui souhaitaient "déscolariser" leurs enfants, environ 80% des enfants suivent un programme ultra-religieux. |
| LE
GUIDE-ANNUAIRE | Commande
| Commande express
| Documentation|
Présentation
| SOMMAIRE
|
| Le
nouveau sirop-typhon : déplacements de populations ? Chèque-éducation
? ou non-scolarisation ? |
| Pluralisme
scolaire et "éducation alternative" | Jaune
devant, marron derrière : du PQ pour le Q.I. |
| Le
lycée "expérimental" de Saint-Nazaire |
Le
collège-lycée "expérimental" de Caen-Hérouville
|
| L'heure
de la... It's time for ... Re-creation | Freinet
dans (?) le système "éducatif" (?)
|
| Changer
l'école | Des
écoles différentes ? Oui, mais ... pas trop !
| L'école
Vitruve |
| Colloque
Freinet à ... Londres | Des
écoles publiques "expérimentales" |
| 68
- 98 : les 30 P-l-eureuses | Et
l'horreur éducative ? |