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U.S.A. :
Les créationnistes jouent sur du velours.
Selon un sondage CBS de novembre 2004, 55 % des Américains croient que "Dieu a créé les humains dans leur forme actuelle"
(67 % des républicains ; 47 % des démocrates)

Grande Bretagne :
Le créationnisme aux examens.
Le créationnisme serait ainsi étudié dans le cursus britannique au même titre que l’évolutionnisme de Darwin qui,
bien que controversé sur plusieurs points, demeure une théorie scientifique.

Pologne :
Le vice-ministre de l'éducation conteste Darwin
Le ministre de l'éducation et chef de file de la LPR (extrême droite ultracatholique), Roman Giertych :
"la Pologne est un pays libre. Chacun a le droit d'y exprimer ses opinions".

Vatican :
Dans son discours inaugural, Benoit XVI avait laissé entendre que le sujet de l'évolution lui tenait à coeur,
en affirmant "nous ne sommes pas des résultats accidentels, sans objet, de la création".

Le Collège de France a affirmé son opposition au créationnisme.
"Le vote des professeurs du Collège de France entre à la fois dans la tradition naturaliste du Collège
et est aussi un signe très fort à l'égard des courants de pensée qui reprennent des idées moyenâgeuses.
"Il y a un courant créationniste très fort sur le continent nord-américain et il se révèle qu'il existe aussi chez nous"
 
 

AMERICAN WAY OF LIFE

Aux Etas Unis, même si le homeschooling a été imaginé au départ par des parents qui souhaitaient "déscolariser" leurs enfants,  environ 80% des enfants suivent un programme ultra-religieux.
POUR LA LIBERTE D'INSTRUCTION disent-ils ...

  2002 : Des extrémistes chrétiens en campagne pour Bush
A la veille de la convention du Parti républicain, qui doit s'ouvrir lundi 30 septembre à New York, Le Monde publie une enquête sur les fondamentalistes protestants – on en compte environ 30 millions –, qui constituent le socle idéologique et électoral de George W.  Bush. Ainsi que l'explique Alfred Ross, qui dirige le Centre d'étude pour la démocratie à New York, "les réseaux de la droite religieuse" sont "au cœur même du pouvoir républicain".
Opposés à l'avortement, aux recherches sur les cellules souches d'embryon et favorables à un modèle normatif en matière de mœurs, ils vont parfois même jusqu'à interdire la mixité dans certaines universités ou encore contester les études darwiniennes sur l'évolution des espèces. (Le Monde - 28.08.02)

  Les évangéliques : La secte qui veut conquérir le monde
C’est le courant religieux qui progresse le plus vite aujourd’hui. 
Ils sont déjà 500 millions qui croient à l’Armageddon, la bataille finale et prochaine entre les forces du Bien et du Mal. 
Ils s’appuient sur la télévision, internet, les jeux vidéo ou les romans de science-fiction pour convertir en masse. 
George W. Bush, comme nombre de ses ministres et conseillers, partage leur vision messianique du monde et de l’avenir. 
Jusqu’à l’extrême ? 

Les croisés américains du Home Schooling. Liée à l’église évangélique : la "Home School Legal Defense Association"

  Les créationnistes jouent sur du velours. Selon un sondage CBS de novembre 2004, 55 % des Américains croient que "Dieu a créé les humains dans leur forme actuelle"  (67 % des républicains ; 47 % des démocrates)

   "Je t'aime, Alex" : 4 mois de redressement.
Une jeune fille de 12 ans ayant écrit «Je t’aime Alex» sur les murs d’une école, a été envoyée pour 4 mois dans un établissement "accueillant" des élèves "en difficulté". La WWASP (du Pr. Skinner, le père de la psychologie comportementaliste, gère ces camps pour ados "difficiles" ("Tranquillity bay"). Pour 3000 dollars par mois, il promet de transformer ces récalcitrants en citoyens dociles et travailleurs.

  Écoles poudrières aux États-Unis.  "Pourquoi des jeunes se sentent-ils exclus et se vengent en tuant. C'est la vraie question, conclut le professeur Vianno. Et comme personne ne veut se la poser aux Etats-Unis, cela va continuer".

  21 meurtres d'élèves dans les écoles américaines en 2004/2005
Sur les 54,9 millions d'élèves dans les écoles américaines, 28 élèves sont décédés de morts violentes: 21 ont été tués et 7 se sont suicidés dans l'enceinte de l'école.

  Le Congrès pour les fouilles corporelles dans les écoles.

  Des aberrations scientifiques pour mieux prêcher la chasteté. Cette année, 40 des 50 Etats doivent faire face à diverses procédures visant à contester l'enseignement de la théorie de l'évolution dans les écoles publiques.

  Quelque 6000 étudiants sont attendus sur le campus  "sans péché" (l’Ave Maria University), qui ne connaîtra ni préservatifs ou autre moyen de contraception, ni homosexualité, ni avortement. "L’Ave Maria University doit devenir l’"académie militaire de la spiritualité"...

  La chute de l’éducation supérieure américaine. Les bourses accordées aux étudiants pauvres couvraient 70% du coût des études dans les années 90 contre la moitié aujourd’hui. L’étude souligne l’importante inégalité entre riches et pauvres en matière d’éducation supérieure.

   Etats-Unis : Une année d’étude à 50 000 dollars. L’Université privée George Washington est devenue la première université américaine à réclamer aux étudiants de premier cycle (undergraduates) plus de 50 000 dollars par an, soit 39 000 dollars pour les cours et 11 000 dollars de droits d’inscription. De façon générale (secteur privé et public confondu), les frais de scolarité et les droits d’inscription pour le premier cycle d’étude ont augmenté au cours des cinq dernières années de 35%.

  Les étudiants étrangers boudent les Etats-Unis.

  Une majorité de jeunes Américains incapables de situer l'Irak sur une carte.

  Un établissement scolaire de Californie oblige désormais ses élèves à porter des badges qui permettent de suivre leur moindre mouvement, comme pour le bétail.
Ces macarons sont munis d'un émetteur qui permet de garder la trace de l'élève, en enregistrant ses allées et venues lorsqu'il passe devant des bornes installées à l'entrée des salles de classe mais aussi dans les toilettes.
Cette technologie est habituellement utilisée pour les moutons ou l'inventaire des produits en magasin.
Le directeur justifie cette initiative pour lutter contre l'absentéisme en simplifiant l'appel et le vandalisme. 
"C'est stupide et ça craint".

  45 millions de personnes sans système de santé dans le pays le plus riche du monde.

  Le système de santé américain est le plus onéreux parmi les pays industrialisés et l'un des moins efficaces en terme de nombre de personnes couvertes.

Les inégalités s'accroissent aux Etats-Unis. L'écart de rémunération entre un PDG et un salarié aux Etats-Unis de 1 à 40 en 1980, est passé de 1 à 411 en 2005.

  Plus de téléviseurs que de personnes dans les foyers américains.

  L’abstinence sexuelle renforcée : 131 millions de dollars (augmentation de 30 millions) pour les programmes fédéraux vantant auprès des collégiens et lycéens américains les mérites de l’inexistence d’une vie sexuelle avant le mariage. 

  Quel est le véritable message des chrétiens évangéliques conservateurs ?
Les raisons de l’engagement politique des évangéliques américains : la défense de la morale traditionnelle et des valeurs chrétiennes.
Détour par Lynchburg, patrie de de la droite chrétienne. Et revue de détail de leurs thèmes de prédilection : refus de l’avortement et du mariage gay, la prière à l’école et le «home schooling» (l’école chez soi) ou le soutien à Israël.

  Expulsion de missionnaires évangéliques américains du mouvement "Nouvelles tribus" installés dans des régions à forte population indienne. Sous couvert d’évangélisation : exploitation illimitée et illégale des ressources naturelles en territoires indiens, au profit de compagnies nord-américaines comme General Dynamics et Westinghouse, elles-mêmes liées à l’industrie militaire et au constructeur automobile Ford. Cette organisation compterait une flotte d’aviation, pistes d’atterrissage, et puissant réseau de télécommunications. Plus grave, l’organisation est accusée de s’être servi de communautés entières, Yanomami entre autres, pour des expérimentations génétiques.

A Montreuil, "un pasteur miracle" américain attire les foules.

"Le racisme aux Etats-Unis est un monstre tapi". Beaucoup d'Américains voient La Nouvelle-Orléans comme un lieu de péché. Pour eux, les inondations sont un moyen de se débarrasser de la prostitution, du crime et de la drogue, et de favoriser les investissements.

  L’implantation de puces sous-cutanées autorisée sur des individus.

  Tous les citoyens américains auront un passeport à puce RFID en 2006.

Le nombre total des armes à feu en circulation aux Etats-Unis est estimé à plus de 200 millions, dont 65 millions d'armes de poing, pour une population totale de 284 millions d'habitants. Selon des statistiques gouvernementales remontant à la fin des années 90, les armes à feu sont la cause de la mort d'un enfant ou adolescent toutes les deux heures, par crime, accident ou suicide. En 1997, ces armes ont été responsables de la mort de 32.436 personnes, selon ces mêmes statistiques.

  Ce vent punitif qui vient d'Amérique. Il ne reste alors qu’à entonner l’antienne tocquevillienne de l’initiative citoyenne pour justifier l’importation en France des techniques locales de maintien de l’ordre américaines.

  Les Etats-Unis comptaient à la fin de l'an 2000 un nombre record de plus de deux millions de détenus.

  ... Autrement dit, doit-on se réjouir de vivre dans un État laïque ?  Et il a eu la mauvaise surprise de constater que pour tous ces indicateurs sans exception, son propre pays, au demeurant le plus dévot de tous, réalise les plus mauvais scores, et même souvent de très loin. 

  4000 Québécois fréquentent des écoles "clandestines" pentecôtistes.  Les écoles pentecôtistes enseignent notamment le créationnisme.



BRITISH WAY OF LIFE
Le "modèle" anglo-saxon,  libéral  ... et blairo-socialiste...
Qui veut la peau de Darwin? 
JEUDI 18 OCT08RE 2007 

 

L'offensive créationniste inquiète de plus en plus les chercheurs et les enseignants, invités à remettre en cause la théorie de l'évolution. 
 

Depuis 1859 et la diffusion de l'Origine des espèces de Charles Darwin, la théorie darwinienne est l'objet d'attaques. Aux États­Unis, les fondamentalistes protestants militent pour introduire dans les textes de loi la théorie dite « créationniste », selon laquelle l'homme est de création divine. En juillet 1925, à Dayton, un professeur de sciences naturelles est condamné pour avoir enseigné le principe de l'évolution et contre­dit, ce faisant, une loi promulguée par l'Etat du Tennessee trois mois plus tôt, interdisant « toute théorie qui nie l'histoire de la création divine de l'homme telle qu'elle est enseignée dans la Bible et qui prétend à la place que l'homme descend d'un ordre inférieur d'animaux». En opposant Darwin à la Bible, le « procès du singe » signale à la fois une victoire de la religion sur la science et le degré d'exposition des professionnels de l'éducation face  à la controverse. 

Avec sa laïcité républicaine et son école publique, la France s'est toujours crue armée contre de telles offensives. Mais cette confiance peut vaciller. En 2004, le groupe Sciences de la vie et de la terre du Syndicat national des enseignants de second degré (Snes) a lancé un groupe de travail sur le darwinisme après avoir entendu un parent d'élève demander pourquoi ils n'enseignaient pas d'autres théories. Et, en février 2007, un ouvrage créationniste musulman, l'Atlas de la création, est arrivé par la poste dans des centaines d'établissements français (voir p. 6). Pour faire le point, le Snes a décidé d'organiser un colloque, les 19 et 20 octobre, sur le thème: « La théorie de l'évolution, entre remise en cause et instrumentalisation ». Précaution exagérée? Voire. Depuis quelques années, les théories créationnistes se drapent dans un déguisement scientiste qui peut troubler. « Vendez de la science ... Qui peut objecter à l'enseignement de plus de science ? N'utilisez pas le mot créationnisme. Parlez uniquement de science. Expliquez que retenir de l'information scientifique contredisant l'évolution revient à de la censure et s'apparente à un dogme religieux ... », recommande un journal créationniste cité dans l'ouvrage dirigé par Patrick Tort, Pour Danvin.

Le diable, c'est lui, Darwin, représentant d'un matérialisme forcené qui interdirait le dialogue entre la science et la spiritualité. Et le discours se politise, les anti-darwiniens se faisant les promoteurs du « doute est permis », et par là même les chantres du débat ouvert et de la démocratie. 
En France, l'opposition se cristallise autour de deux camps. Le premier a publié dans le Monde, en février 2006, un « Manifeste pour une science sans a priori ». « Si les scientifiques renoncent à la réflexion métaphysique et spirituelle, ils se couperont de la société», préviennent les signataires. Réunis autour de l'Université interdisciplinaire de Paris (UIP), ils se disent opposés au créationnisme mais favorables à une science « la plus ouverte possible». Ils réprouvent le programme politique de l'Intelligent Design, mouvement créationniste américain qui souhaite modifier les programmes scolaires. Mais un de leurs chefs de file, « non­darwinien » (admirez la litote !), Jean Staune, déclare ouvertement regretter que la loi de 1905 empêche de contester les théories darwiniennes dans les écoles publiques, et se félicite de pouvoir le faire dans les écoles libres (voir p. 7). 

Le deuxième camp rassemble des scientifiques attachés à la distinction entre science et spiritualité. Dans « Pour une science consciente de ses limites », pétition parue en juillet 2006 dans Le Monde en réponse au manifeste des membres de l'UIP, ils rappellent que la science a des limites méthodologiques, qu'elle ne s'occupe que de faits appréhendables expérimentalement, et qu'un scientifique ne peut pas, dans le cadre de son travail, se servir d'elle pour démontrer des propositions métaphysiques, morales ou politiques. Selon les signataires, parmi lesquels Guillaume Lecointre, biologiste identifié comme le principal détracteur de Jean Staune, l'UIP, établissement financé, par la fondation Templeton « pour le progrès de la religion », transgresse ces limites en promouvant des professionnels qui incluent leur quête métaphysique dans leur recherche scientifique. 
La question n'est pas de savoir si Darwin a raison ou tort: « L'œcuménisme s'enveloppe d'une parade démocratique, met en garde Patrick Tort. Mais une vérité scientifique n'est pas une question de démocratie! On ne vote pas pour ou contre Danvin, on discute ses théories dans un cadre scientifique » (voir pp. 5-6). La question est d'identifier la reprise d'un vieux combat opposant les matérialistes aux mystiques. « Les vérités révélées, les spiritualités et les idéologies tentent d'une manière récurrente de s'imposer dans les résultats de la science, soulignent les signataires du texte "Pour une science consciente de ses limites". Il s'agit plutôt d'une remise en cause des moyens de penser rationnellement le monde. La science retournerait ainsi à un état antérieur à son émancipation du pouvoir théologique au XVIII° siècle. Il ne s'agit pas d'interdire de penser quoi que ce soit, mais il est de notre devoir de scientifiques [ ... ] d'avertir lepublic qu'il ne s'agit plus de science. » Au public, ensuite, de réfléchir en conscience. 

INGRID MERCKX 


ENTRETIEN 

« Les pouvoirs injectent de la croyance et du rêve» 
Philosophe, professeur détaché au Muséum national d'histoire naturelle, directeur de l'Institut Charles Darwin International, Patrick Tort analyse la résurgence actuelle du religieux face à Darwin et à la science l'évolution. 

Vous participez les 19 et 20 octobre au colloque organisé par le Snes sur le thème « La théorie de l'évolution: entre remise en cause et instru mentalisation ». Comment comptez-vous introduire le débat? 

Patrick Tort: D'abord, en précisant qu'une résurgence supplémentaire du créationnisme n'est pas un phénomène scientifique, et n'a donc aucun pouvoir de « remise en cause» dans l'univers de la recherche. Dans les laboratoires du monde entier, l'étude de l'évolution se développe sur des bases darwiniennes et produit de nouvelles positivités. Nous nous trouvons en fait devant une régression religieuse et antiscientifique apparemment multiforme, mais aux manifestations convergentes, puissantes et organisées, qui a sa source d'influence majeure aux États-Unis. Elle réactive et promeut une série de courants aussi divers que le fondamentalisme biblique des évangélistes américains, l'Intelligent Design et le fixisme d'Harun Yahya, prosélyte musulman turc qui attaque les fondements de la paléontologie et de la biologie moderne de l'évolution pour leur substituer le dogme de la création divine de chaque forme vivante dans son état définitif. 
Qu'elle soit chrétienne ou musulmane, cette offensive traduit le même rebroussement de la pensée. Nos grands monothéismes sont tous créationnistes, et leur actuelle complémentarité montre qu'il y a un accord fondamental entre eux pour combattre le matérialisme de Darwin. Mais il n'y a rien de nouveau, ni dans le contenu, ni dans la structure, ni dans la finalité de ces courants : l'Intelligent Design, par exemple, n'est que l'axe central de la plus vieille théologie naturelle. 

Comment expliquer ce retour du religieux face au domaine scientifique? 
Essentiellement par une confusion facilement exploitable entre les ravages planétaires du capitalisme et le matérialisme démystificateur des sciences sur lesquelles repose l'essentiel de ce que l'on nomme le « progrès ». La science paie la facture de son utilisation « bestiale » par le marché. Il y a eu cependant, à l'intérieur de l'Église catholique, avant 1920, un certain nombre de « progressistes », comme le jésuite Robert de Sinéty, qui ont dit de la théorie de l'évolution qu'elle était beaucoup plus « qu'une simple hypothèse » . Jean-Paul II a repris la formule. Aujourd'hui, ne pouvant reconnaître sans se perdre la vérité entière de la théorie évolutive, l'Église se replie sur les positions providentialistes de Teilhard de Chardin, paléontologue catholique qui a tenté de conjuguer vérité de l'évolution des organismes et maintien de la croyance. Le teilhardisme, d'abord combattu par la hiérarchie catholique, est le compromis finaliste derrière lequel elle s'abrite aujourd'hui : l'évolution y est gouvernée par un sens prescrit, alors que pour le darwinisme 
le mouvement évolutif n'obéit à aucune loi transcendante; on va, certes, dans le sens singe-homme et non dans le sens inverse, mais cette direction n'a été ordonnée par personne. Le changement évolutif se construit à mesure que le vivant et son milieu règlent leurs rapports; et la direction, ni prescrite ni prédite, ne s'aperçoit que lorsque l'homme cherche à étudier l'histoire de la nature pour observer le chemin parcouru. On ne la connaît qu'en se retournant. 
 

Pourquoi cette intensification actuelle des idéologies anti-darwiniennes ? 
On observe ce type de résurgences en certains moments critiques de l'histoire. L'époque contemporaine assiste impuissante à l'hyperdéveloppement meurtrier d'un système de production qui engendre un désespoir rationnel. L'avenir parle de souffrance et de renoncement: or, chaque fois qu'un système de domination affronte cette évidence, les pouvoirs, pour durer, réinjectent dans la société de la croyance et du rêve. Cela a donné par exemple le New Age, responsable du fameux « réenchantement du monde ». 
La renaissance providentialiste contemporaine survient en une période où le capitalisme mondialisé produit en réalité tant de désenchantement social et individuel qu'il est obligé de sécréter des pare-feu d'illusion. Prenant en compte par ailleurs la nécessité grandissante d'être convaincants sur le plan de la rationalité, certains mouvements créationnistes ont décidé de « vendre de la science ». Des stratégies de contamination et d'infiltration de la communauté scientifique sont orchestrées par quelques porteurs agissant à la façon des « créationnistes scientifiques » qui sévissent aux États-Unis. En France, le mouvement a été pris en main par un certain Jean Staune, animateur de l'Université interdisciplinaire de Paris. C'est un phénomène malheureusement assez invasif. 
 

En France, le débat pourrait-il s'engager entre ceux qui veulent distinguer l'activité scientifique et les croyances personnelles, et ceux qui veulent les associer? 
Il y a parmi mes collaborateurs du Dictionnaire du darwinisme des catholiques pratiquants. Mais ils opèrent une distinction, de principe et de fait, entre leur activité scientifique et leurs croyances. C'est une sorte de pacte de non-agression réciproque assurément préférable à la confusion. Reste que cette juxtaposition existe à l'intérieur d'une même conscience, scindée entre un matérialisme rationnel nécessaire et une affectivité croyante qui souhaite et déclare y échapper. A quel prix psychologique cette cohabitation dissociée est-elle possible ? La tension schizophrénique qui se crée à l'intérieur des individus correspond exactement à la pathologie globale qui frappe les États-Unis, partagés entre un scientisme réductionniste (la sociobiologie, qui soumet les comportements sociaux à des déterminants biologiques) et une croyance créationniste globalement anti­scientifique, mais psychologiquement et idéologiquement compensatoire. Cette structure bipolaire nous est imposée en vertu des lois sociologiques de l'imitation, parce qu'elle est la structure dominante de la nation dominante. 

Qu'en est-il du succès du « darwinisme social» et des liens entre créationnisme et libéralisme?
Le « darwinisme social » (que Darwin combattait avant la lettre) est la doctrine (due à Spencer) suivant laquelle il ne faut pas intervenir en faveur des pauvres, des faibles et des déshérités parce que la sélection naturelle doit poursuivre dans la société la tâche « d'amélioration » qu'elle accomplit dans la nature. L'hyperlibéralisme a fait fructifier ce type d'idéologie caractéristique de la société américaine, par ailleurs policée depuis sa fondation par les pasteurs. A la périphérie des Etats-Unis, nous subissons identiquement cette bipolarité. 

Les doutes qui frappent le darwinisme s'expriment au nom d'une résistance à une pensée unique et du droit de contester. Le darwinisme est-il contestable? C'est précisément parce que la théorie darwinienne est une théorie scientifique qu'on en discute encore dans la science, et qu'à partir d'elle on construit de nouveaux horizons de pensée. Mais, tombant dans le piège des anti-darwiniens, on utilise dans ce débat un vocabulaire politique. Dirait­on que la chute des corps relève de la pensée unique? Une vérité scientifique n'est pas une question de démocratie. Nul n'a le droit de faire croire que chacun est libre de penser ce qu'il veut en science comme il le peut en politique. Reagan a voulu, au nom d'un libéralisme décérébré, la parité du darwinisme et du créationnisme dans les écoles. Dès que l'on considère, au nom de la« liberté », que l'on peut rejeter une théorie dont est issue une partie de la biologie moderne, on glisse dans une effrayante confusion entre la science et la politique, et on fait du même coup un usage politique de la science. On ne vote pas pour la chute des corps. On ne vote pas pour la théorie de l'évolution. 

Comment expliquer la fortune des idées anti-darwiniennes? 
Les médias ont une large part de responsabilité dans la propagation des idées créationnistes. C'est pourquoi il faut fournir les bases d'une réinstruction du regard critique, qui ne doit pas s'adresser seulement aux chercheurs et aux enseignants, mais à tous ceux qui transmettent et diffusent. Les universitaires ont pris conscience du problème trop tard. Ils ne se rendaient pas compte qu'un jour leurs étudiants les attaqueraient sur ces questions. Quand le phénomène s'est produit, ils ont compris que des gens formés à la pensée scientifique étaient aussi la cible d'autres influences, et ne savaient plus faire le partage entre vérités contrôlables et propagande. On pensait que le problème était limité aux États-Unis, que nous n'aurions jamais de procès du singe en France. Mais, en février, l'Atlas de la création est arrivé dans nos écoles. Les milieux enseignants et laïques ont réagi. Mais la laïcité est un objectif minimal, non un horizon. Elle est ce qu'il faut défendre pour défendre également le libre exercice de la rationalité et de la science. il nous appartient aussi, dès que les religions reprennent l'offensive, de construire les stratégies d'une contre-offensive victorieuse. 

PROPOS RECUEILLIS PAR INGRID MERCKX 
À paraître: Darwin et la religion, Ellipse. Institut Charles Darwin International: www.darwinisme.org 


Création d'ignorance 
« L'Atlas de la création », envoyé aux écoles en février 2007, a fait réaliser aux enseignants qu'ils étaient des cibles stratégiques pour les idéologies créationnistes. 

Août 1999. Le Conseil de l'éducation du Kansas adopte de nouveaux critères pour l'enseignement des sciences. La science darwinienne est ravalée au rang d'hypothèse, et le créationnisme, au nom duquel le monde a été créé par Dieu en sept jours, obtient droit de cité dans les écoles. Dans un pays où les programmes scolaires sont du ressort des autorités locales, les débats flambent dans chaque État. Début 2000, au moins sept États tentent de gommer Darwin des programmes scolaires. En Alabama, les livres de science sont sommés d'établir que l'évolution est une « théorie controversée» au prétexte que « personne n'était là au moment de l'apparition de la vie sur terre, donc toute affirmation sur les origines de la vie relève de la théorie, non des faits». 
« Bien que l'État du Kansas soit revenu sur cette décision au début de l'année 2001, cette affaire nous montre les conséquences du lobbying sur un système éducatif décentralisé, dans un pays où ce qui correspondrait à une "laïcité" ne se traduit pas en actes », diagnostique Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d'histoire naturelle et auteur d'un dossier intitulé « Évolution et créationnisme » pour le CNRS. Aucun risque en France? Alors que l'offensive grimpe, les enseignants, en première ligne, s'interrogent sur la solidité des boucliers que sont l'Éducation nationale et la laïcité à la française. 
 

En 2004, Joël Besnard, responsable du groupe Sciences de la vie et de la terre (SVT) du Syndicat national des enseignants de second degré (Snes), lit sur une liste de diffusion: « Lorsque j'enseigne l'évolution, des élèves me disent: "Ce n'est pas ce que dit le prêtre." » Deux ans plus tard, dans un lycée, un père d'élève demande à une prof de SVT : « Vous n'enseignez pas d'autres théories ?»  S'il est normal pour des géo-biologistes que nous sommes de nous intéresser à l'argumentation de l'évolution, il est également logique que les syndicalistes que nous sommes s'inquiètent de la confrontation de conceptions opposées, concurrentielles, de l'évolution, déclare Joël Besnard en mars 2006, en introduction à une journée de réflexion sur le thème « Enseigner l'évolution face aux croyances ». En effet, si notre formation nous permet de répondre à un certain nombre d'interrogations scientifiques, elle nous laisse parfois en difficulté lors des questions qui mêlent réalités observables et explications finalistes, métaphysiques.» 

Faut-il et peut-on former les enseignants à une approche critique de l'évolutionnisme et du créationnisme ? C'est l'une des questions du colloque organisé par le Snes les 19 et 20 octobre à La Plaine-Saint-Denis (93). Preuve du besoin grandissant des professionnels de l'éducation en la matière. 

L'urgence s'est accrue en février dernier avec l'arrivée dans plusieurs centaines d'établissements français de l'Atlas de la création. Un ouvrage de 700 pages illustrées condamnant la théorie de l'évolution au profit du créationnisme et signé par un certain Harun Yahya. Ce prosélyte musulman turc, qui diffuse ses thèses à tour de bras (www.bookglobal.net). tente de prouver que les espèces animales n'ont pas changé depuis la création, et fait des thèses de Darwin « la réelle source du terrorisme ». 

Le ministère a demandé que cet ouvrage soit mis hors de portée des élèves. Mais l'affaire a fait du bruit. « Il ne s'agit pas de théories mais de croyance, a rappelé Dominique Borne, président de l'Institut européen en science des religions (Libération du 6 février). Face aux élèves, il ne faut pas opposer théorie contre théorie, mais leur montrer la différence entre la connaissance scientifiquement établie et des croyances [ ... J, et leur expliquer que l'on cherche la vérité avec des outils scientifiques. » Pas une mince affaire. D'autant que tout élève cherchant des informations sur l'évolution tombe forcément, à un moment ou à un autre, sur celles distillées par l'Intelligent design sur Internet. 

Seule façon d'y répondre: développer le sens critique, donner des arguments. Exemple, face à l'objection la plus répandue: « L'évolution n'est qu'une théorie, pas un fait. » « Il n'y a pas de séparation possible entre faits et théorie, explique Guillaume Lecointre, dans sa "seconde postface à l'attention des enseignants". La théorie investit l'appréhension du fait, mais un fait sans théorie environnante ne signifie rien. L'évolution biologique est à la fois une théorie qui met en cohérence un grand nombre de faits, et des manifestations tangibles que nous appelons faits. La théorie n'est pas moins "vraie" ou moins crédible que les faits qu'elle explique. Il n'y a pas à employer le mot "théorie" dans un sens péjoratif. » 

« Mais il faut aussi ne pas oublier que cette propagande religieuse est par essence et par destination une propagande politique qui doit être analysée dans sa genèse complexe et combattue politiquement en connaissance de cause», met en garde Patrick Tort. Encore faut-il prendre la mesure du problème au-delà du périmètre de la classe. 

INGRID MERCKX
(1) Voir les dossiers Sagascience pour le CNRS. 


Au nom du «dialogue» 

L' Université interdisciplinaire de Paris diffuse des idées non darwiniennes et tente d'investir l'école avec ses cours sur les «implications théologiques» de la science. 

L'Université interdisciplinaire de Paris (UIP), « un lieu unique d'ouverture, de diffusion et de dialogue », va bientôt reprendre ses cours du soir,  promet Jean Staune, secrétaire général et cofondateur de l'association qui a créé l'université en 1995 et revendique 1250 adhérents. Pour l'instant, la page «Agenda» de son site Internet reste désespérément vide, mais on peut y découvrir les théories promues par cette université: implications philosophiques de la science et critique du darwinisme et du créationnisme (mais cette dernière page est vide). 

Jean Staune rassure : « On est une université populaire comme l'Université de tous les savoirs, sauf que l'on existe depuis plus longtemps qu'elle, mais avec moins de moyens. Et nous sommes plus orientés sur des idées nouvelles en général. » Ce que Jean Staune nomme « idées nouvelles» est défini par lui comme « une tradition dans le champ de Teilhard de Chardin d'une critique évolutionniste du darwinisme». 

L'UIP n'existerait pas sans ce personnage aux multiples facettes: chargé de cours à HEC, diplômé dans différentes disciplines, expert en management à son compte (Jean Staune International) et maître de conférences à l'Institut supérieur des affaires, Jean Staune est aussi celui par qui est arrivée la critique du darwinisme. L'homme s'est distingué en octobre 1991 par un article publié dans le Figaro intitulé : « L'évolution condamne Darwin ». 
Depuis, l'UIP a pris le relais, en réunissant scientifiques de renom et organisations religieuses diverses pour propager la bonne parole non darwinienne. Présidée par le psycho-physiologiste Jean-François Lambert, l'université a organisé des dizaines de colloques et des centaines de cours du soir, et publié quelques ouvrages sur les implications philosophiques et métaphysiques des sciences contemporaines, avec notamment des prix Nobel et « des représentants des grandes religions de l'humanité ». 
D'après le philosophe Patrick Tort, l'UIP a pour origine l'Université populaire de Paris, qui, créée dans les années 1970, organisait des cycles de conférences sur le but de l'Univers, le Karma, le « nouvel âge », la Kabbale, etc. Devenue l'Université européenne de Paris, elle tente, vers 1989, de trouver une crédibilité en recrutant des scientifiques. Une de ses branches s'est spécialisée dans l'environnement avec « Environnement sans frontières », qui tient, par exemple, un stand au salon Marjolaine. 

L'Université interdisciplinaire de Paris a aussi fonctionné avec les fonds privés de grands noms du CAC 40. « Nous avons été financés par Auchan, L'Oréal, Peugeot, France Télécom, EDF-GDF. Air France a été partenaire de notre grand colloque. Des fondations suisses nous ont aussi financés », cite pêle-mêle le secrétaire général. Aujourd'hui, l'essentiel de ces fonds provient de la fondation Templeton, « le plus grand financier des adversaires du créationnisme aux États-Unis », affirme Jean Staune, qui proteste contre les amalgames entre « non-darwiniens» et créationnistes en France. La fondation américaine finance depuis 2002 des programmes de l'UIP, intitulés « Perspectives globales en science et spiritualité» (GPSS), un concours destiné à des universitaires d'Asie et d'Europe de l'Est. « Le programme GPSS 1 a permis de distribuer un million et demi d'euros à 18 universités dans 18 pays, et GPSS 2 distribue la même somme à 7 universités en Chine, au Japon, en Russie, notamment pour de la recherche fondamentale sur la question des implications philosophiques de la mécanique quantique par rapport à la philosophie bouddhiste ou au taoïsme », explique Jean Staune. 

Le secrétaire général ne manque pas de pointer le « barrage médiatique gigantesque, parce que nous avons de l'argent américain, même si c'est de la part des darwiniens, parce que nous travaillons aussi effectivement sur les implications phIlosophiques et théologiques de la science: on dit des choses qui gênent un certain nombre de pensées politiquement correctes ». 

Mais Jean Staune diffuse cet enseignement non darwinien au-delà de l'UIP. Récemment, en Suisse, le fondateur de l'université a dispensé ses cours dans le lycée cantonal des Creusets, à Sion (Valais). «Le lycée a réalisé 40 posters sur les différentes thèses de mon livre [1], de la philosophie à la technique en passant par la chimie, les mathématiques, le cerveau et la neuro­chimie, avec notamment l'aumônerie chrétienne du lycée. » Les posters ont été affichés pendant trois semaines dans les salles de cours, et les lycéens ont eu droit à une conférence de Jean Staune en personne. « Eux l'ont fait. J'espère bien qu'en France cela se fera aussi dans l'éducation, pourquoi pas nationale. Nous avons déjà des demandes du privé, en Seine-Saint-Denis et en Bretagne. » 

THIERRY BRUN
(1) Notre existence a-t-elle un sens ?, Jean staune, Presses de la renaissance, 2007. 

Le darwinisme est parfois contesté 
dans les salles de classe françaises
Le Monde -  26.04.05 

 

La lutte contre le darwinisme n'est pas une spécialité nord-américaine. Elle essaime parfois aussi dans les salles de classe françaises. "J'ai eu l'occasion d'assurer des travaux personnels encadrés -TPE- en lycée sur l'évolution. Il était clair que les élèves avaient puisé sur Internet des éléments du Discovery Institute" , témoigne Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN).

Le Discovery Institute, basé à Seattle, est le plus ardent promoteur aux Etats-Unis du "dessein intelligent" . Ces conceptions apparaissent sur les moteurs de recherche et quiconque omettrait l'accent sur le "e" d'évolution est presque assuré d'y être automatiquement renvoyé. "Mais ces contenus sont aussi largement traduits, notamment en français" , assure Guillaume Lecointre.

La thèse centrale des tenants du "dessein intelligent"  ? La vie est trop complexe pour résulter d'une évolution guidée par un processus aveugle de mutation/sélection. Là où il y a horloge, il y a forcément un horloger. Son cheval de bataille actuel est le flagelle de la bactérie, qualifié de "machine la plus efficace de l'Univers" . Ce moteur rotatif évolue à plusieurs dizaines de milliers de tours par minute.

Constitué d'une cinquantaine de molécules, il ne peut, selon les membres du Discovery Institute, qu'être une pièce d'ingénierie et non le résultat d'une série de pas successifs sélectionnés par l'évolution.

Pour Guillaume Lecointre, les thèses défendues par le Discovery Institute constituent le prototype d'une nouvelle "désinformation instruite"  qui prend le relais des formes anciennes de créationnisme. Les critiques passées du darwinisme s'appuyaient sur l'exemple de l'oeil, organe lui aussi jugé trop complexe pour être uniquement le fruit de processus naturels. En empruntant aux registres de la biochimie et de la génétique, "il s'agit désormais, pour les spiritualistes, afin de crédibiliser le message des scientifiques, de paraître plus scientifiques qu'eux" , estime-t-il.

Ces critiques adressées à la théorie de l'évolution se fondent sur "une série de raisonnements analogiques, d'objections fausses, de confusions épistémologiques et de décalages d'échelle dans la critique" , dont le chercheur français détaille les ressorts dans un ouvrage collectif récent (Les Matérialismes et leurs détracteurs, Syllepse, 800 p, 33 €). Il prend la peine de répondre sur le site du CNRS (http ://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap1/lecointre1.html) aux 10 questions que Jonathan Wells, membre du Centre pour le renouveau de la science et de la culture, suggère aux élèves de poser en classe de sciences naturelles pour embarrasser les enseignants.

En France, il arrive plus rarement à ces derniers d'être confrontés à une résistance des élèves sur les questions d'évolution. Corinne Fortin, professeur en sciences de la vie et de la Terre au lycée de Torcy (Seine-et-Marne), estime cependant que, ces dernières années, "les idées créationnistes ont pris plus de poids" . Auteur, en 1993, d'une thèse consacrée à l'enseignement de l'évolution, elle dit ressentir les effets du fondamentalisme religieux. "Avant, seuls les Témoins de Jéhovah proposaient des objections" , explique-t-elle. Aujourd'hui, "le vrai danger sur Internet vient de sites militants qui peuvent séduire des élèves même non pratiquants" , dit-elle.

"Ces questionnements ne sont pas négatifs, à condition que l'on veille et qu'on y réponde" , estime Jean Ulysse, secrétaire général de l'Association des professeurs de biologie et de géologie, qui avait coutume de débuter le cours sur l'évolution par une présentation des conceptions créationnistes ­ précisément pour montrer en quoi leur démarche n'était pas scientifique. Mais si l'on enseigne toujours les faits évolutifs, "depuis quelques années, la théorie de l'évolution n'est plus dans les programmes" , regrette-t-il.

Hervé Morin

Aux Etats-Unis, l’ouverture d’un musée des erreurs
Fondé par des créationnistes, il présente une histoire du monde calquée sur la Bible.
Par Thomas Devry - Libération -: samedi 7 juillet 2007

 

Pour une raison inconnue, les petits Américains passent un temps considérable à ingurgiter tout ce qu’ils peuvent sur les dinosaures. Il n’est donc pas étonnant qu’un musée qui cherche à modeler l’esprit des enfants déploie quantité de triceratops, diplodocus et autres stégosaures, en plastique ou animés tels des robots. Des institutions fort sérieuses, comme le Smithonian Museum à Washington, sont passées par là. Mais voilà, à Petersburg, au cœur des collines du Kentucky, les tyrannosaures et quelques vélocirapteurs batifolent en parfaite harmonie aux côtés d’enfants souriants (en plastique aux aussi). Ce tableau, propre à effrayer tout spectateur de Jurassic Park, a le don de hérisser le poil de n’importe quel naturaliste qui sait que les dinosaures et les humains ont raté leur rendez-vous de 60 millions d’années. Pas ici, car nous sommes au musée de la Création, fondé sur la parole littérale de la Bible (Ancien et Nouveau Testament), qui fait remonter l’âge de notre bonne vieille planète Terre à 6 000 années maximum. Alors, T-Rex et Cro-Mag partenaires de jeu, pas de problème.

Il fallait bien que ça arrive un jour. Vexés de s’être fait ridiculiser en 1925 lors d’un des procès les plus célèbres du XXe siècle, les créationnistes américains n’ont eu, depuis, de cesse de reprendre pied dans les écoles du pays. Après la tentative, une nouvelle fois avortée l’an passé, de faire valider l’apprentissage de la «conception intelligente» («intelligent design») de l’univers par «un être supérieur», ils ont choisi une autre forme d’enseignement : la muséologie. Imaginé par Ken Ham, un évangéliste australien, le Creation Museum, qui a ouvert ses portes fin mai après 27 millions de dollars d’investissement, ambitionne, selon son fondateur, «de démontrer que tout ce qui est contenu dans la Bible peut être défendu par la science moderne». Sans oublier les dinosaures, bien sûr, car, d’après Ken Ham, «ils font un tabac avec les enfants». Un des concepteurs des parcs Universal Studios en Floride a même été recruté pour cette sainte croisade.
Caméléons.  La visite commence par un spectacle au planétarium : une démonstration étourdissante de la taille et des mystères de l’univers, que les «scientifiques laïques peinent à expliquer». Mais, si l’on admet que Dieu est à l’origine de tout cela, pas de souci, on peut poursuivre la visite en sirotant son Coca. En avant donc pour la vidéo d’un gentil paléontologue barbu qui nous explique que, bien que ses «collègues athées» estiment que les fossiles de dinosaures remontent à une centaine de millions d’années, il ­pense, lui, que les os ont été enfouis sous les sédiments à l’époque du Déluge, il y a précisément 4 300 ans. La datation au carbone 14 n’est apparemment pas validée par les Evangiles. On apprend aussi que les caméléons ne changent pas de couleur pour échapper à leurs prédateurs, mais pour «attirer les femelles et se rafraîchir».

Un peu plus loin, on nous explique que la Bible a commencé à perdre de son influence à cause d’une foison de libres-penseurs, méchamment dénoncés sur un mur du déshonneur : Bacon, Descartes, Laplace, Buffon, Darwin. On passe ensuite aux explications «scientifiques». Dieu a certainement créé l’ADN. Examinons le cas de l’œil : l’œil est vraiment très complexe, bien plus qu’une caméra vidéo. C’est donc la preuve qu’il a fallu un créateur omnipotent et omniscient pour inventer cette merveille. Pas convaincus par la science ? Repartons un peu vers des choses plus amusantes : des tableaux grandeur nature du jardin d’Eden, avec Adam, Eve, le serpent, les animaux (et les dinos). Il a beau être écrit dans Genèse 2:25, «Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre», ici, les cheveux d’Eve couvrent toujours sa poitrine, et Adam dissimule habilement son entrejambe.
Après la Chute, le héros, c’est Noé. Il est représenté en figurine animée qui parle anglais avec l’accent de Yasser Arafat, avec son arche qui contenait les dinosaures. Tout d’un coup, l’esprit sceptique émet une objection : «Mais comment toutes les paires de ­diplodocus et de brachiosaures (40 mètres de haut, 80 tonnes) sont-elles rentrées dans le paquebot en bois aux côtés des autres ­bestiaux ?» Comme le musée est bien fait, la réponse est ­couchée noir sur blanc : « Dans sa grande intelli­gen­ce, Dieu a choisi des bébés». C’était évident.

Étourdi par tant d’informations, il ne reste plus, près de la sortie, qu’à visionner un film qui suggère que les dragons des légendes européennes et chinoises du Moyen-Age ne sont rien d’autres que des dinosaures qui ont survécu un peu plus longtemps qu’on ne le croyait. Au sortir de cette présentation, deux professeurs d’un lycée local, venus observer «quelles âneries nos élèves vont bientôt nous sortir», grommellent. Une mère de famille les entend et s’approche d’eux : «Ayez l’esprit ouvert ! Pourquoi refusez-vous d’envisager une autre explication ?» Les deux profs battent en retraite, peu désireux de dialoguer.

«Existence de Dieu».  En ce jour de la mi-juin, les visiteurs affluent, certains venant de très loin, comme en témoignent les plaques d’immatriculation sur un parking presque plein. Comme la plupart d’entre eux, Mary-Ann Walter recherche «une théorie alternative de la création de notre planète, conforme à notre croyance en Dieu». David, un adolescent en short venu avec sa chorale pastorale, hésite encore : «Je ne sais pas si ce qui est présenté dans ce musée est vrai ou pas, mais cela me plaît davantage que le darwinisme, qui ne prend pas en compte l’existence de Dieu.» Confusion apparemment partagée par une majorité d’Américains, puisqu’un récent sondage ( USA Today) offre ce curieux résultat : 66 % estiment que Dieu a créé l’homme tel qu’il est aujourd’hui, et 53 % penchent pour la théorie de l’Evolution.



Benoit XVI pourrait embrasser la théorie de l'Intelligent Design

Le colloque organisé autour de Benoit XVI devrait marquer une entrée en force de la théorie de l'Intelligent Design dans la doctrine catholique.

    "There have been growing signs the Pope is considering aligning his church more closely with the theory of "intelligent design" taught in some US states. Advocates of the theory argue that some features of the universe and nature are so complex that they must have been designed by a higher intelligence. Critics say it is a disguise for creationism."

Le colloque qui réunira des scientifiques, des intellectuels et des philosophes autour du pontife, verra l'intervention de personnalités qui ont récemment soutenu publiquement l'Intelligent Design, dont le Cardinal autrichien Christoph Schönborn.

Dans son discours inaugural, Benoit XVI avait laissé entendre que le sujet de l'évolution lui tenait à coeur, en affirmant "nous ne sommes pas des résultats accidentels, sans objet, de la création".

Pope prepares to embrace theory of intelligent design
 

John Hooper in Rome - Monday August 28, 2006 - The Guardian

 

Philosophers, scientists and other intellectuals close to Pope Benedict will gather at his summer palace outside Rome this week for intensive discussions that could herald a fundamental shift in the Vatican's view of evolution.

There have been growing signs the Pope is considering aligning his church more closely with the theory of "intelligent design" taught in some US states. Advocates of the theory argue that some features of the universe and nature are so complex that they must have been designed by a higher intelligence. Critics say it is a disguise for creationism.

A prominent anti-evolutionist and Roman Catholic scientist, Dominique Tassot, told the US National Catholic Reporter that this week's meeting was "to give a broader extension to the debate. Even if [the Pope] knows where he wants to go, and I believe he does, it will take time. Most Catholic intellectuals today are convinced that evolution is obviously true because most scientists say so." In 1996, in what was seen as a capitulation to scientific orthodoxy, John Paul II said Darwin's theories were "more than a hypothesis".

Last week, at a conference in Rimini, Cardinal Christoph Schönborn of Austria revealed that evolution and creation had been chosen as the subjects for this year's meeting of the Pope's Schülerkreis - a group consisting mainly of his former doctoral students that has been gathering annually since the late 1970s. Apart from Cardinal Schönborn, participants at the closed-door meeting will include the president of the Austrian Academy of Sciences, Peter Schuster; the conservative ethical philosopher Robert Spaemann; and Paul Elbrich, professor of philosophy at Munich University.

Last December, a US court sparked controversy when it ruled that intelligent design should not be taught alongside evolution theory. Cardinal Schönborn said: "The debate of recent months has undoubtedly motivated the Holy Father's choice." But he added that in the 1960s the then Joseph Ratzinger had "underlined emphatically the need to return to the topic of creation".

The Pope also raised the issue in the inaugural sermon of his pontificate, saying: "We are not the accidental product, without meaning, of evolution."

A few months later, Cardinal Schönborn, who is regarded as being close to Benedict, wrote an article for the New York Times backing moves to teach ID. He was attacked by Father George Coyne, director of the Vatican Observatory. On August 19, Fr Coyne was replaced without explanation. Vatican sources said the Pope's former astronomer, who has cancer, had asked to be replaced.



Aux Etats Unis, même si cela a été imaginé au départ par des parents qui souhaitaient "déscolariser" leurs enfants,  environ 80% des enfants suivent un programme ultra-religieux.
POUR LA LIBERTE D'INSTRUCTION disent-ils ...

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